Wal-Mart: l'ultime étape s'enclenche à Saint-Hyacinthe

C'est dans l'anonymat d'un hôtel surplombant l'autoroute 20 que s'est mis en branle hier l'ultime chapitre de la syndicalisation du Wal-Mart de Saint-Hyacinthe, les employés et direction s'étant réunis devant un arbitre pour la première fois afin d'aborder la difficile question des salaires.

Les quelque 200 employés de cette succursale Wal-Mart sont syndiqués depuis janvier 2005 et la quasi-totalité d'une éventuelle convention collective a été réglée, mais cinq clauses plus coriaces restent à ficeler, dont les salaires et les assurances. Il s'agit du seul magasin syndiqué en Amérique du Nord.

Réunis devant l'arbitre Alain Corriveau, nommé par le ministère du Travail en décembre 2005, les parties ont mis du temps à commencer la séance. À peine entamée, celle-ci a cependant donné lieu à un coup de théâtre lorsque le syndicat a soudainement révélé son intention de comparer Wal-Mart non pas à la chaîne Loblaw, comme il l'avait laissé entendre pendant des mois, mais à Maxi & Cie.

«Nous proposons donc, pour commencer à établir notre preuve, deux visites de lieux», a dit en ouverture Me Claude Leblanc au nom de la section locale 503 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC-FTQ). «Nous proposons une visite du Wal-Mart ici, à Saint-Hyacinthe, et du Maxi & Cie de la rue Jean-Talon Est», a-t-il ajouté sous le regard passablement médusé des deux avocats de Wal-Mart.

Les TUAC estiment que les Maxi & Cie, ces grandes surfaces où le client trouve autant des vêtements que des bijoux que de l'alimentation, sont ceux qui ressemblent désormais le plus aux Wal-Mart, alors que ceux-ci ajoutent de plus en plus d'alimentation à leur offre de produits.

L'arbitre s'est donc rendu dans les deux magasins en question en compagnie d'une dizaine de personnes, y compris la direction de Wal-Mart et des représentants syndicaux, la délégation en résultant ayant fait sourciller plus d'un client étonné de voir un groupe aussi gros en train d'arpenter tous les rayons un lundi après-midi.

Des magasins semblables?

«La rencontre d'aujourd'hui avait pour but de montrer à l'arbitre que la comparaison est raisonnable», a indiqué lors d'un entretien le président de la section 503 des TUAC, Yvon Bellemare. Selon lui, une gérante du rayon des bijoux gagne un salaire de 12,40 $ chez Wal-Mart alors que le même poste vaut 16 $ chez Maxi & Cie. «Les deux magasins ne sont pas identiques, mais il n'y a pas beaucoup de différence.»

Un membre de la haute direction de Wal-Mart qui faisait partie de la visite hier ne souhaitait pas faire de commentaires. Mais les avocats retenus par la compagnie étaient visiblement irrités de la tournure subite des événements. «Effectivement, on est surpris», s'est limité à dire l'un d'eux, Me Corrado De Stefano, en parcourant les rayons de Maxi & Cie.

Prié de se prononcer sur le choix de Maxi & Cie comme comparatif dans la négociation des clauses financières de la nouvelle convention, le porte-parole de Wal-Mart au Québec, Yanik Deschênes, souhaitait plutôt jouer de prudence. «De manière globale, notre concurrent, c'est Zellers, qui a une offre similaire», a dit M. Deschênes. «Mais on ne veut pas négocier sur la place publique. On respecte la loi et on suit le processus.»

Des rencontres avec l'arbitre Alain Corriveau sont prévues jusqu'au printemps 2007.

Les TUAC ont notamment l'intention d'amener, à titre de témoin, un spécialiste du commerce de détail pour étayer davantage leur argumentaire au chapitre des conditions financières que l'on peut observer chez les autres chaînes.

Bien que Saint-Hyacinthe représente le seul magasin syndiqué en Amérique du Nord, il ne s'agit pas de la seule unité d'accréditation au sein de la chaîne. Le garage mécanique du magasin de Gatineau est lui aussi syndiqué, mais n'a pas de convention collective.

Ce n'est pas la première fois que les deux parties rencontrent Alain Corriveau. Nommé au dossier en décembre 2005, celui-ci les a rencontrées à quelques reprises en tant que médiateur. La réunion d'hier était toutefois la première où il intervenait à titre d'arbitre.

Lorsqu'un arbitre juge que les parties n'ont absolument aucune chance de s'entendre, il a le droit de trancher et d'imposer une convention collective.

Le seul autre magasin Wal-Mart à s'être syndiqué au Québec avait annoncé sa fermeture en février 2005, quelques heures après que le ministère du Travail eut nommé un arbitre au dossier. La direction de l'entreprise avait alors indiqué que la syndicalisation du magasin nuisait à l'atteinte des objectifs de la succursale.