Île-de-France - La guerre du rail n'aura pas lieu

Un employé de Bombardier au travail dans l’usine située à Crespin, dans le nord de la France. Le groupe québécois a accepté de confier une large part du contrat du Transilien à son concurrent Alstom, qui a accepté en échange d’abandonner son
Photo: Agence Reuters Un employé de Bombardier au travail dans l’usine située à Crespin, dans le nord de la France. Le groupe québécois a accepté de confier une large part du contrat du Transilien à son concurrent Alstom, qui a accepté en échange d’abandonner son

Paris — Il n'y aura pas de guerre du rail dans la banlieue parisienne, Bombardier et son rival français Alstom s'étant finalement entendus en fin de semaine sur un partage du mégacontrat du «Transilien».

Vainqueur de ce juteux appel d'offres, le groupe québécois a accepté d'en confier une large part à son concurrent. L'accord porte sur un tiers du contrat, soit 900 millions d'euros sur un total de 2,7 milliards (3,8 milliards $CAN).

En échange, Alstom a accepté d'abandonner son recours en justice à l'encontre de son concurrent. Quelques jours après l'attribution du contrat au constructeur canadien, le géant français avait en effet demandé aux tribunaux français de suspendre la décision de la SNCF, la Société nationale des chemins de fer, en évoquant la «concurrence déloyale» de Bombardier.

Le p.-d.g. d'Alstom, Patrick Kron, jusqu'ici très remonté contre Bombardier, a déclaré hier que le dossier était clos désormais. «Nous avons pensé, à la fois pour l'usager final qui est l'utilisateur de ces trains, pour la SNCF qui est notre grand client, et pour nos usines, qu'un tel accord était meilleur qu'une guérilla juridique», a expliqué M. Kron, cité par Le Monde.

L'attribution du «contrat du siècle» à Bombardier le mois dernier avait été vivement décriée dans les milieux syndicaux et politiques au nom du «patriotisme économique» et de la défense des intérêts français, d'autant que Bombardier avait de son côté obtenu les marchés du métro de Montréal et de Toronto de gré à gré, sans appels d'offres.

C'est ce «verrouillage du marché» qui lui a permis d'être neuf pour cent moins cher qu'Alstom sur le projet du «Transilien», soutenaient les détracteurs de Bombardier.

Même s'il accepte de tourner la page sur l'affaire, Patrick Kron continue d'être choqué par ce système de «deux poids, deux mesures». Selon lui, un sondage d'Alstom montre que «70 % des Franciliens» trouvent eux aussi cette situation anormale.

«Nous n'avons pas pu participer au projet de rénovation du métro de Montréal, a rappelé M. Kron. Par contre, Bombardier a eu la possibilité de répondre de manière très ouverte à l'appel d'offres sur les trains de banlieue de la région Île-de-France.»

Le contrat porte sur la livraison de 172 trains pour le réseau ferroviaire de l'Île-de-France, la grande région parisienne où vivent 11 millions de personnes.

Les trains ultramodernes, dont la livraison s'échelonnera entre 2009 et 2015, seront entièrement conçus et construits à l'usine française de Bombardier Transport, située à Crespin, près de Valenciennes, dans le Nord du pays.