Expertech exige du syndicat des concessions salariales majeures

Expertech s'est engagée dans la dernière phase d'une restructuration en profondeur. Sans concessions majeures, qui portent à la fois sur une réduction des salaires et des effectifs, la filiale de Bell Canada pourrait fermer ses portes. Une éventualité qualifiée, hier, de menace par le syndicat qui, si elle se concrétisait, impliquerait la perte de 1378 emplois, dont 568 au Québec.

Chez Expertech on précisait hier que les discussions en vue du renouvellement de la convention collective ont débuté officiellement la semaine dernière. Or l'entreprise est engagée dans un mode de transformation depuis plus d'un an maintenant. «Ce n'est pas une tactique de négociations. Bell est sérieuse», a précisé Philip van Leeuwen, directeur du service communications chez Expertech. «Bell a approché le marché en septembre. Nous avons soumissionné pour 2007. Nous avons établi le bon prix et, pour l'atteindre, nous devons être rentable.»

Bell est actionnaire à 75 % d'Expertech tout en étant le principal client de l'entreprise spécialisée en construction de réseau de télécommunication. «Bell coupe ses propres coûts et exige que ses fournisseurs en fassent autant. Nos prix sont trop chers. Comme client, Bell veut le meilleur prix et, comme actionnaire, elle veut que nous soyons rentables», a ajouté M. van Leeuwen, qui parle de survie pour Expertech. Et d'une marge bénéficiaire visée de 4 %.

«Toute l'entreprise est touchée.» Expertech a déjà restructuré ses services administratifs en novembre dernier. Depuis, 200 personnes, soit quelque 10 % de l'effectif, ont été mises à pied. Il s'agit de postes administratifs et de direction. Peu de techniciens. Pour la suite, le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ) soutient que ce sont 400 emplois de techniciens qui sont visés. Sinon, «Bell, via sa filiale Expertech, fait planer la menace de fermeture complète, ce qui impliquerait la perte de 1378 emplois, dont 502 techniciens et 66 employées de bureau au Québec, si les demandes patronales de concessions ne sont pas acceptées par les syndiqués», a soutenu le syndicat représentant les techniciens.

Les parties sont loin l'une de l'autre. L'écart est tel que l'on a immédiatement fait appel à la médiation tellement les positions sont divergentes. «Nous sommes d'accord avec la médiation. Le temps est important pour nous. Avec Vidéotron qui, chaque jour, offre ses services, nous devons faire les changements rapidement», a renchéri le porte-parole d'Expertech.

Du côté de l'employeur, on souhaite doter l'entreprise de cette structure flexible que l'on rencontre dans l'industrie de la construction. «Nous ne sommes pas concurrentiels. Dans la construction, les entreprises retiennent le niveau des effectifs correspondant au volume d'activités le plus bas de l'année, pour ensuite embaucher ou s'en remettre à la sous-traitance selon la demande. C'est peut-être 30 % d'employés réguliers, les 70 % restants venant s'ajouter selon le volume. Chez nous, nous sommes structurés pour les pics, pour les sommets.»

On veut inverser cette tendance. «Nous voulons nous structurer de manière à offrir un travail stable, à temps plein, l'année durant et combler la différence, selon la demande, par des emplois temporaires.»

Outre les 400 techniciens ciblés, l'entreprise s'attend également à une réduction «de 44 % les salaires du tiers des employés restants», a résumé le syndicat. «De même, l'employeur veut sabrer drastiquement dans les avantages sociaux ainsi que dans les conditions de travail de ses employés. Bell Canada menace le syndicat de fermer sa filiale et de donner tout le travail en sous-traitance à d'autres fournisseurs si les concessions exigées ne sont pas acceptées», a ajouté Michel Ouimet, vice-président du SCEP-Québec, qui évoque une «attaque sans précédent».

«Nous avons présentement une seule échelle salariale pour les techniciens. Nous en proposons trois. Dans le pire des cas, cela impliquerait une réduction salariale de 44 %. Pour le deuxième échelon, ce serait une réduction de 10 %, alors qu'il n'y aurait pas de baisse pour les techniciens les mieux qualifiés, les mieux formés», a expliqué Philip van Leeuwen. Il a souligné que l'âge moyen du technicien était de 45 ans et qu'il avait entre 20 et 22 années d'ancienneté. L'on vise donc les techniciens qui sont près de leur retraite. «Dans plusieurs cas, on parle d'une pleine retraite, sans pénalité», a-t-il renchéri.