Marchés boursiers - Toronto perd son enthousiasme

Toronto — La Bourse de Toronto a brusquement trébuché hier, conséquence d'une vague de prises de bénéfices de la part d'investisseurs souhaitant encaisser les gains des deux dernières semaines, tandis que les banques reculaient à la suite d'informations publiées par la presse sur l'opposition du premier ministre Jean Chrétien aux fusions entre grandes banques.

L'indice composé S&P/TSX a reculé de 124,56 points, ou 1,9 %, terminant à 6294,81 points, tandis que les 10 sous-groupes du TSX piquaient du nez.

La journée a été plus mitigée du côté de Wall Street, où le Dow Jones, après avoir abandonné plus de 2 % en séance, a fini quasiment inchangé, en hausse de 0,90 point à 8368,94 points, et le Nasdaq Composé a reculé de 15,21 points (1,2 %), à 1300,62 points, après avoir perdu plus de 2,5 % en cours de transactions.

Les analystes n'ont pas été surpris de voir le parquet torontois changer de tendance après une solide progression de 13 % en une douzaine de séances à la suite d'une récente descente aux enfers à des niveaux planchers de quatre ans. «Le marché a été extrêmement prudent. Il y a eu un sérieux rebond [...] et puis le marché est devenu survendu. Il s'agissait donc aujourd'hui d'une correction, et maintenant c'est l'incertitude», a estimé John Kinsey, gestionnaire de portefeuille chez Caldwell Securities.

Le secteur des technologiques, qui s'est envolé de plus de 50 % depuis les derniers creux historiques, a largué hier 5,9 %. En tête de peloton, Nortel Networks, qui a laissé filer 25 ¢, ou 12,9 %, à 1,69 $.

Les institutions financières ont également plongé à la suite d'informations publiées dans The Globe and Mail selon lesquelles les négociations en cours entre la Banque de Montréal et la Banque Scotia afin de créer la première banque au pays auraient été interrompues, le bureau du premier ministre ayant tué le projet dans l'oeuf. Le ministre des Finances, John Manley, a esquivé au cours de la journée les questions des journalistes sur la présumée intervention du bureau du premier ministre, déclarant que les banques devaient respecter l'actuel processus qui régit les fusions entre les institutions financières.

À New York

À New York, les marchés boursiers ont clôturé globalement en baisse hier sous le coup de la chute de la confiance des consommateurs américains en octobre au plus bas depuis neuf ans, même s'ils sont parvenus à nettement réduire leurs pertes en fin de séance.

L'indice de confiance du Conference Board, un indicateur clé dans la mesure où la consommation des ménages alimente les deux tiers environ de l'économie des États-Unis, est tombé à 79,4 en octobre, au plus bas depuis novembre 1993, contre 93,7 (révisé de 93,3) en septembre. Le marché attendait un recul beaucoup moins prononcé, à 89,7 selon la prévision moyenne des économistes interrogés par Reuters. C'est en outre son cinquième recul d'affilée sur fonds d'inquiétude sur l'emploi et concernant une éventuelle guerre contre l'Irak.

«On craint que la détérioration de la confiance des consommateurs pèse sur les ventes au détail», a noté Tim Anderson, courtier principal chez Salomon Smith Barney.

Les investisseurs attendent la première estimation du PIB du troisième trimestre (aujourd'hui) et les chiffres de l'emploi pour octobre (vendredi) pour se faire une idée plus précise de l'état de la reprise. De plus en plus d'intervenants s'attendent désormais à une baisse des taux de la Réserve fédérale dès la réunion de son conseil de politique monétaire la semaine prochaine pour redonner du tonus à l'économie.

«Il y a beaucoup d'agitation sur le marché à l'approche des chiffres de l'emploi», a expliqué Jeff Kleintop, stratège en investissements chez PNC Advisors. «Je serais surpris de voir des achats massifs sur le marché avant vendredi. Je prévois un marché stable voire en légère baisse d'ici là.»

Le choc créé par la chute de la confiance survient après trois semaines de reprise boursière sur fonds de résultats de sociétés meilleurs que prévus.