Allocution du p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ, Pierre Genest - Les PME québécoises doivent voir au-delà des indicateurs économiques positifs

Les entrepreneurs québécois doivent arrêter de se taper dans le dos en regardant les indicateurs économiques, car ceux-ci masquent un retard important de la province par rapport au reste du Canada et aux États-Unis. Si rien n'est fait, les PME risquent de payer cher leur aveuglement.

C'est en ces termes plutôt crus que le président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ, Pierre Genest, s'est adressé hier matin aux membres de la Chambre de commerce et d'industrie du Québec métropolitain. «Depuis 20 ans, l'économie québécoise a pris beaucoup de retard. [...] Nos entreprises sont de petite taille et grandissent moins rapidement que les entreprises américaines comparables. À moyen terme, leur survie — et notre niveau de vie — dépend de notre capacité à maintenir et même à accélérer encore la croissance.»

M. Genest a admis que les données économiques incitaient les gens du milieu des affaires à faire preuve d'optimisme. Ainsi, l'économie québécoise a connu une croissance du PIB de 3,4 % en moyenne par année entre 1997 et 2001, tout en maintenant un taux de chômage très bas. «Toutefois, pour la même période, la création d'emplois demeure inférieure au Québec que pour le reste du Canada et l'économie ontarienne a connu une croissance de 4,3 %.»

Faible croissance

Ça va bien, mais ça pourrait aller mieux, soutient le gestionnaire en montrant du doigt la faible croissance des entreprises québécoises. «Nous sommes champions dans la création d'entreprises... Mais à peine 35 % survivent après cinq ans et celles qui survivent ne grandissent pas au même rythme que celles de nos voisins.»

Pour appuyer son propos, il indique qu'entre 1992 et 1999, le nombre d'entreprises de 500 employés et plus est passé de 609 à 614 au Québec et, plus globalement, de 1210 à 1263 au Canada. Pendant ce temps, ce type d'entreprises est passé de 12 998 à 16 740 aux États-Unis, soit un bond de 29 %.

«Cette dernière statistique doit nous faire réfléchir, soutient-il. Plus de 85 % de nos exportations vont aux États-Unis. Les entreprises américaines sont nos plus féroces compétiteurs. Leur apparente capacité de croissance supérieure à la nôtre menace directement notre position concurrentielle.»

Pierre Genest croit qu'il y a de nombreux obstacles empêchant les PME québécoises de prendre de l'expansion. Et ce n'est pas parce que «nous sommes moins ambitieux, tenaces ou intelligents que les Américains». En examinant des centaines de dossiers d'investissement, Pierre Genest soutient que le Fonds de solidarité a dégagé trois constantes: le sous-financement, la qualité de l'équipe de direction et le manque de main-d'oeuvre. Selon lui, il faut s'attaquer à ces «obstacles» pour stimuler la croissance des entreprises d'ici.

«Un grand nombre d'entreprises ne disposent pas du capital requis pour financer leur propre croissance», constate-t-il. Outre la réglementation et la taxation, M. Genest croit que c'est avant tout la réticence des gestionnaires à partager la propriété de leur entreprise qui fait barrage. «Les entrepreneurs préfèrent souvent exercer un contrôle total sur leur entreprise, quitte à restreindre la croissance. [...] C'est pourtant une réalité incontournable pour l'entrepreneur, sauf s'il dispose d'une fortune personnelle considérable: la croissance d'une entreprise demande beaucoup de capital et entraîne tôt ou tard l'arrivée de nouveaux partenaires.»

De même, le patron du Fonds souligne que trop d'entreprises tardent à reconnaître que «les compétences requises pour le démarrage et le développement d'un nouveau produit ou service ne sont pas les mêmes que pour la commercialisation du produit et l'expansion sur les marchés domestiques». Il invite d'ailleurs les entrepreneurs à ouvrir la porte de leur conseil d'administration à des experts en divers domaines. «Une autre solution possible est le réseautage et la formation», ajoute-t-il.

Enfin, le vieillissement de la population jumelé à une immigration insuffisante doit également préoccuper les PME. En attendant des mesures gouvernementales appropriées, Pierre Genest est convaincu que les gestionnaires ont la responsabilité d'attirer et retenir leurs employés en créant un milieu de travail enrichissant et stimulant. «Nos meilleurs employés nous quittent rarement uniquement pour des raisons salariales.»

Des investissements

Par ailleurs, Pierre Genest a profité de son passage dans la capitale provinciale pour annoncer des investissements importants du Fonds de solidarité dans des entreprises de la région. La firme Polycor, spécialisée dans l'extraction et la transformation de granite, bénéficiera d'une injection de 11,4 millions de dollars. Cet investissement lui permettra d'acheter de nouveaux équipements et de faire de nouvelles acquisitions.

De plus, le Fonds investira quelque 250 000 dollars dans Gentec Électro-Optique, un fabricant d'instruments de mesure laser. De leur côté, trois entreprises se partageront un montant d'un peu plus d'un million: Outils B.G.R., Usital Canada et Mode Avalanche.