Prévisions du Conference Board - L'avance économique du Québec fondra

Le Conference Board joint sa voix au consensus des prévisionnistes pour promettre aux provinces canadiennes une activité économique encore plus soutenue en 2003. Sauf au Québec, qui pourra difficilement tenir le rythme spectaculaire de 2002. Si Terre-Neuve est appelée à conserver le premier rang au chapitre de la croissance, grâce à sa nouvelle richesse pétrolière, toutes les autres provinces vont tout de même afficher un nouveau dynamisme et rattraper le Québec.

L'organisme de recherche privé prévoit, pour toutes les provinces, «un taux de croissance supérieur à 3 % ou presque» en 2003. Cette année, seule la moitié des dix provinces devraient battre cette marque, dominées par Terre-Neuve et sa nouvelle vocation pétrolière. Là-bas, le taux de progression réel du PIB doit atteindre les 9,7 % en 2002, selon le Conference Board du Canada. Et tomber autour des 4,5 % en 2003, selon les économistes de la Banque de Montréal.

Déjà en août dernier, ces derniers soutenaient qu'à l'exception de Terre-Neuve, c'est le Québec qui, en 2002, se méritera le titre de champion de la croissance parmi les provinces, avec un PIB en hausse de 4,3 % contre une moyenne canadienne estimée à 3,8 %. Plus conservateur, le Conference Board, dans sa Note de conjoncture provinciale — Automne 2002 rendue publique hier, fixe à 4 % la cible du PIB québécois en 2002, et à 3,5 % la moyenne canadienne cette année.

L'an prochain, et même si cette croissance est appelée à être digne de ce nom, le Québec, avec la hausse prévue de 3 % de son PIB, sera rattrapé. Sa performance, influencée l'an prochain par un ralentissement dans l'aéronautique et dans les exportations automobiles dans la foulée de la fermeture de GM, devrait être surpassée par celle de l'Ontario (+3,5 %) et de l'Alberta (+5 %) qui, avec Terre-Neuve, contribueront à maintenir la moyenne canadienne autour de 3,4 %.

«Une remontée dans les activités axées sur les ressources et de multiples projets dans le secteur énergétique créeront une conjoncture favorable dans de nombreuses provinces à court terme», a ajouté le Conference Board. Pour Terre-Neuve, l'organisme privé met en exergue «une augmentation de 86 % de la production de combustibles minéraux, provenant principalement du champ d'Hibernia et de Terra Nova, ainsi qu'un boum dans le secteur de la construction».

Hors énergie

Hors secteur énergétique, ce qui a valu au Québec d'afficher un leadership en matière de croissance en 2002 — la vigueur de la création d'emplois et la hausse des dépenses intérieures, construction en tête — s'étendra aux autres provinces. «Le Québec peut se réjouir d'une année exceptionnelle en 2002, avec un nombre record de 100 000 emplois créés depuis décembre 2001, une hausse constante des mises en chantier depuis dix ans et une effervescence dans le secteur de la construction non résidentielle», a résumé l'organisme. Pour l'Ontario, qui «connaît aussi une excellente année, on lui prévoit une croissance de 3,4 % en 2002 et de 3,5 % en 2003, qu'elle devra à d'importantes dépenses de consommation et à la création d'emplois.»

Même constat pour la Nouvelle-Écosse, qui affichera une croissance de 3,4 % en 2002 et en 2003 «grâce à une croissance à deux chiffres de ses activités de construction». Et pour le Nouveau-Brunswick, qui profitera d'une croissance de 3 % en 2002, puis de 3,3 % en 2003, alors que l'Île-du-Prince-Édouard peut évoluer dans les 4 % grâce à une bonne performance agricole.

Pour l'Ouest, «la diversification équilibrée de l'économie du Manitoba résultera en des taux de croissance de 3,7 % cette année et de 3 % en 2003». La Saskatchewan a, pour sa part, souffert d'une deuxième année de sécheresse d'affilée. Son PIB réel ne devrait augmenter que de 1,6 % cette année. «Cependant, dans l'éventualité d'une récolte normale en 2003, l'économie remontera pour atteindre un taux de croissance de 4,2 %.»

La croissance se fait plutôt lente en Alberta, estimée à 2 % en 2002, «mais la reprise de la production de combustibles minéraux prévue l'an prochain renversera la situation a un point tel que cette province éclipsera toutes les autres, avec une croissance de 5 % en 2003». Quant à la Colombie-Britannique, elle «se remet des épreuves qu'elle a connues en 2001, mais pas aussi vigoureusement que prévu. On s'attend à une croissance de 2,7 % en 2002 et de 2,9 % en 2003», a résumé le Conference Board.

Pessismiste

Revenant au Québec, la lecture du Conference Board pour 2003 se veut des plus pessismistes. En août dernier, les économistes de la Banque de Montréal, misant sur le redressement de l'économie américaine et sur une accélération de l'activité économique dans les autres provinces, chiffraient à 4,6 % le taux de croissance du PIB québécois attendu en 2003.

Les économistes de la Banque Royale avançaient une cible de 4 %, «avec la reprise des investissements et des exportations vers les États-Unis». Ils citaient alors la faiblesse des livraisons manufacturières qui avaient régressé de 4,8 % en 2001 et de 2,3 % après cinq mois en 2002. «Le quatrième trimestre de 2001 était le point le plus bas et, les stocks étant maintenant bien maîtrisés, le secteur devrait se rétablir fortement au deuxième semestre de 2002, en supposant que les exportations vers les États-Unis redeviennent positives.»