Au bonheur des poids lourds

Le ministre des Transports Serge Ménard a présenté, hier, trois instruments visant à harmoniser les relations d'affaires entre les 5500 camionneurs indépendants du Québec et les donneurs d'ouvrage afin d'éviter les débordements comme ceux survenus en 1998 et 1999 sur les routes du Québec.

Des camionneurs frustrés, obligés de travailler de longues heures pour survivre et en mauvaise situation financière en raison de la hausse importante du prix de l'essence, avaient alors bloqué des routes, empêchant le transport de marchandises et l'approvisionnement des commerces de plusieurs régions du Québec. Devant la tournure des événements, les expéditeurs et les intermédiaires en services de transport n'avaient eu d'autre choix que de chercher une solution à l'amiable avec les camionneurs. Cette démarche, qui a duré deux ans, vient d'aboutir.

Un contrat type

Les instruments rendus publics hier sont les suivants: un contrat type, un bureau du coût de revient et un centre de médiation et d'arbitrage.

Du côté syndical, la CSN, la FTQ et la CSD ont participé à l'élaboration de ces instruments, de concert avec quatre associations de donneurs d'ouvrage, soit l'Association du camionnage du Québec, l'Association canadienne de transport industriel, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et l'Association des intermédiaires en transport du Québec. Patrons et syndicats ont travaillé sous la direction du haut fonctionnaire Paul-Émile Thellend.

En conférence de presse, le ministre des Transports Serge Ménard a souligné que le contrat mis à la disposition des parties n'était pas obligatoire, mais volontaire, en raison de la déréglementation existant dans le domaine du transport aux États-Unis et au Canada depuis les années 1980.

Le ministre croit que «le contrat type devrait permettre aux routiers de gagner leur vie honnêtement sans les forcer à faire des heures qui les rendraient dangereux sur la route et de faire les paiements requis pour leur camion». Pour les donneurs d'ouvrage, le contrat type va leur permettre de «conserver un nombre suffisant de routiers essentiels à leur activité économique», a poursuivi M. Ménard.

Afin de s'assurer que les coûts d'exploitation, qui fluctuent grandement, soient véritablement pris en compte au moment de l'établissement du contrat, le ministre a accepté la création d'un organisme chargé d'établir ces coûts que représentent l'essence, les assurances, le prix du camion, l'amortissement et les trajets. Des informations à ce sujet seront disponibles par Internet ainsi que par une ligne téléphonique sans frais. En cas de litige, les parties pourront se tourner vers le bureau de médiation et d'arbitrage, qui sera créé à cette fin.

Idéaliste

Autant le ministre Ménard que M. Thellend ont admis que la voie empruntée était idéaliste. «Le défi n'est pas simple. L'objectif est de civiliser les relations commerciales et de faire en sorte que chacun en tire son profit, sur une base volontaire», a commenté M. Thellend. Un premier bilan de l'utilisation du contrat type est prévu d'ici 12 mois.