Sombre horizon pour le Québec

La remontée des mises en chantier le mois dernier n’a pas suffi pour effacer la baisse de régime observée depuis le début de l’année.
Photo: Jacques Nadeau La remontée des mises en chantier le mois dernier n’a pas suffi pour effacer la baisse de régime observée depuis le début de l’année.

Baisse des exportations, ralentissement du marché immobilier, déplacement d'est en ouest de la croissance canadienne... les mois à venir s'annoncent difficiles pour l'économie québécoise.

Fortement dépendant de son commerce extérieur, le Québec verra, cette année, la valeur totale de ses exportations n'augmenter que de 2 % par rapport à 2005, a prédit hier Exportation et développement Canada (EDC). Ce taux de croissance sera deux fois moins élevé que l'an dernier. «La plupart des secteurs seront en recul, a expliqué dans ses prévisions l'agence fédérale d'aide aux exportations, mais ce sont les secteurs en déclin de la foresterie et des biens de consommation qui seront les principaux freins à la croissance globale des exportations. Les perspectives en 2007 sont aussi sombres», a-t-elle poursuivi. Les exportations devraient alors accuser un recul de 1 % causé par «la baisse des expéditions de bois d'oeuvre, la chute des cours des métaux, la minceur des carnets de commandes de [jets régionaux] et le marasme des industries du meuble et du textile».

Toujours aux prises avec «l'appréciation du dollar canadien, des coûts énergétiques croissants et une concurrence étrangère plus vive», les exportations de l'industrie forestière québécoise devraient à elles seules diminuer de 7 % en 2006 et de 2 % en 2007.

La seule consolation, dit EDC, sera de voir se réduire, à la faveur d'une baisse des cours de l'énergie et des autres ressources, l'écart observé ces derniers temps au Canada entre l'exportation de produits de base, concentrée dans les provinces de l'Ouest, et celle de biens manufacturiers du Québec et de l'Ontario. Au total, la valeur des exportations canadiennes devrait avoir augmenté de 3 % en 2006 et reculer de 2 % en 2007. En Ontario, l'année 2006 se conclura par une stagnation (0 %) suivie d'un recul en 2007 (- 3 %). L'Alberta (+9 %) et la Saskatchewan (13 %) auront connu de leur côté une nouvelle année de forte croissance en 2006, qui devrait mener à une pause en 2007 (-1 % et 0 %).

Quand le bâtiment ne va pas...

À défaut de pouvoir compter sur ses exportations, le Québec n'a eu d'autre choix, ces derniers temps, que de se rabattre sur la vigueur de son économie intérieure. On ne pouvait que se réjouir, de ce point de vue, de l'annonce faite hier d'une remontée de 17 % de la construction résidentielle au mois d'octobre.

Cette augmentation d'un total de 3567 mises en chantier en octobre 2005 à 4189 le mois dernier serait toutefois essentiellement attribuable à une forte croissance (+ 62 %) des constructions de logements collectifs dans la région de Montréal, a précisé la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). «Ailleurs au Québec, le nombre de nouveaux chantiers était, dans la plupart des cas, inférieur à celui enregistré au mois d'octobre 2005.»

La remontée du mois dernier n'a pas suffi pour effacer la baisse de régime observée depuis le début de l'année, a ajouté l'agence fédérale. Pour les dix premiers mois de l'année, le nombre de logements mis en chantier accuse toujours un retard de 6 % par rapport à la même période l'an dernier.

La hausse observée le mois dernier devrait être suivie d'un «effet de ressac» dès le mois prochain, ont fait savoir les économistes du Mouvement Desjardins. L'embellie du mois d'octobre «n'ébranle pas notre conviction à l'effet que la construction résidentielle poursuivra son ralentissement d'ici la fin de 2006 et en 2007», ont-ils fait savoir.

Tout cela se produit, disent ces experts, dans un contexte où les ménages consacrent une part de plus en plus grande de leurs revenus à payer leur logement afin de suivre l'appréciation rapide du prix des maisons. Cela fragilise d'autant leur situation financière et comprime leurs capacités d'engager d'autres dépenses susceptibles de stimuler l'économie. «L'économie canadienne montre certains signes de ralentissement depuis le début de l'année et elle pourrait difficilement composer avec un recul brutal du marché de l'habitation, a averti l'économiste chez Desjardins Mathieu D'Anjou. Ceci est encore plus vrai au Québec et en Ontario, où la croissance économique a été particulièrement faible dernièrement.»

Pour mieux suivre ce phénomène, le Mouvement Desjardins a mis au point un nouvel indice «d'abordabilité» visant à évaluer la capacité des ménages à acquérir une propriété et à en supporter les coûts. Cet indice confirme qu'il y a surtout surchauffe dans les provinces de l'Ouest, mais il montre également qu'il a rarement coûté aussi cher de se loger, notamment à Montréal, à Sherbrooke, à Saguenay et à Ottawa-Gatineau. «Cela indique que le marché de l'habitation ne peut plus être considéré comme abordable et que de nouvelles hausses marquées des prix seraient difficilement soutenables», a expliqué Mathieu D'Anjou, même si l'on n'en est pas au degré de gravité atteint au début des années 90.

D'est en ouest

Le Québec n'a pas été la seule province au Canada à devoir faire face à un contexte économique moins favorable ces dernières années, a rappelé hier Statistique Canada. Depuis le début des années 2000, la source de la croissance économique canadienne a changé, a souligné l'agence dans une étude se penchant sur la période allant de 2002 à 2005. «En 2002, peut-on y lire, une part importante de l'accroissement a été attribuable aux investissements et à la fabrication dans l'est du pays. De 2003 à 2005, lorsque les prix de l'énergie et des autres produits de base ont commencé à augmenter, l'impulsion de la croissance nationale s'est déplacée vers l'Ouest. Le secteur pétrolier en Alberta, les champs de blé et les mines en Saskatchewan, de même que les forêts en Colombie-Britannique, ont tous profité d'une plus grande demande extérieure et ont alimenté la croissance au Canada.»

Signe que le bonheur des uns ne fait pas toujours le bonheur des autres dans ce pays, «les prix de base, qui ont profité à l'ouest du Canada, ont nui à la production au Québec et en Ontario, poursuit l'étude. Les économies de ces provinces, qui sont axées sur les exportations, ont ressenti les effets de la hausse de la devise canadienne et les répercussions des coûts plus élevés du carburant.»