Les producteurs de céréales en ont ras le bol du dumping

La Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec soutient que le gouvernement américain investit en moyenne 80% de son aide directe, soit 15 milliards dans le secteur des grandes cultures. En bénéficiant de grains moins coûteux, ce
Photo: Agence France-Presse (photo) La Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec soutient que le gouvernement américain investit en moyenne 80% de son aide directe, soit 15 milliards dans le secteur des grandes cultures. En bénéficiant de grains moins coûteux, ce

Après l'avoir fait dans neuf régions du Québec depuis un certain temps, les producteurs de cultures commerciales déversent aujourd'hui des grains devant l'édifice fédéral Guy-Favreau, ainsi que sur une place fédérale à Québec, pour tenter encore une fois de sensibiliser le gouvernement Harper à l'urgence d'agir pour tenter d'arrêter le dumping de céréales américaines sur le marché canadien et de donner aux producteurs une aide immédiate et une politique agricole visant à contrecarrer les effets des subventions massives des États-Unis.

Ces manifestations ont lieu aussi en prévision de la conférence fédérale-provinciale des ministres de l'Agriculture, qui aura lieu la semaine prochaine à Calgary. Toutefois, le problème existe depuis une dizaine d'années, soit depuis que le gouvernement fédéral a décidé de mettre la pédale douce aux programmes destinés au secteur des grains, profitant alors d'un sommet dans le prix moyen américain de 128 $US la tonne pour le faire. Par la suite, le prix américain a plongé de 55 $ la tonne, ce qui rendait les grains américains beaucoup plus attrayants pour le marché canadien.

Christian Overbeek, président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ), soutient que le gouvernement américain investit en moyenne 80 % de son aide directe, soit 15 milliards, dans le secteur des grandes cultures, lesquelles sont à la base d'une grande partie de la production agricole, puisque avec les céréales on nourrit tous les animaux (cheptels bovins et laitiers, porcs, volailles, etc.); en bénéficiant de grains moins coûteux, ces filières jouissent dès le départ d'un avantage concurrentiel sur les productions d'autres pays.

Pour la FPCCQ, le problème ne se pose pas sur le marché américain mais bien sur ses propres marchés au Québec, où l'on produit surtout du maïs, environ 2,5 millions de tonnes par année. Or le maïs subventionné américain est vendu partout au Canada et devient attrayant pour la consommation animale et aussi pour l'usine d'éthanol qui est en voie de démarrage à Varennes et que les producteurs québécois attendent impatiemment depuis des années. Mais voilà que la concurrence américaine fait tomber les prix.

Par ailleurs, en mars dernier, l'Agence des services frontaliers du Canada concluait que le préjudice associé aux subventions déloyales et au dumping justifiait une pénalité de 70 $ la tonne sur le maïs importé américain. En mai, le Tribunal canadien du commerce extérieur (TCCE) en arrivait pour sa part à la conclusion que ce maïs importé ne causait aucun préjudice aux producteurs canadiens. La FPCCQ estime en revanche que le maïs américain entraîne des pertes de 100 000 $ par ferme et de près de 170 millions pour l'ensemble du maïs québécois. Une coalition formée par les producteurs du Québec, de l'Ontario et du Manitoba a donc décidé d'en appeler devant la Cour fédérale de la décision du TCCE.

En attendant, M. Overbeek ne peut s'empêcher de penser que la décision du TCCE a été «influencée par l'"agenda" politique dans un contexte où le gouvernement actuel veut éliminer toute friction d'ordre commercial avec les États-Unis». Il se pose cette question: «Pourquoi le gouvernement Harper ne fait-il pas appel à l'OMC?» Cette perception explique les manifestations qui ont lieu aujourd'hui, ainsi que celles des dernières semaines, dont l'une la semaine dernière tenue conjointement par les producteurs québécois et ontariens. M. Overbeek souligne que toutes les productions céréalières sont affectées et pas seulement le maïs.

Au Québec, les prix de vente des grains se situent en moyenne à 75 % du coût de production, avance la FPCCQ. Depuis 1995, le ratio de la dette des producteurs par rapport à leur avoir est en croissance constante, alors que ce ratio est en décroissance chez les producteurs américains. Pour l'instant, le refinancement des dettes devient incontournable pour de nombreux producteurs. Les producteurs québécois peuvent compter sur le programme d'assurance stabilisation pour compenser la perte subie en coût de production, mais le fonds de ce programme connaissait déjà l'an passé un creux historique proche de 325 millions. Or ce fonds est alimenté aux deux tiers par le gouvernement québécois et à un tiers par les producteurs, de sorte que les sommes qu'ils reçoivent doivent en partie être réinjectées éventuellement dans le fonds. «C'est comme une assurance auto: quand vous faites des accidents, les primes augmentent», constate le président.

Il y a aussi un programme fédéral d'aide globale de 1,5 milliard, qui fonctionne mal ou pas dans le secteur des grains, lequel ne recevra que la moitié de cette somme, selon les prévisions de la FPCCQ. En comparaison, le Farm Bill américain est un engagement de six ans qui verserait l'équivalent de 3,5 milliards $CAN, si c'était au Canada, mais qui serait en réalité de 14,4 milliards $CAN aux États-Unis.

La FPCCQ demande au gouvernement canadien de faire comme le gouvernement américain, qui a des programmes dont le renouvellement est automatique, ce qui permet aux producteurs de savoir ce sur quoi ils peuvent compter dans les années à venir et en conséquence prévoir leurs investissements et les améliorations à apporter à leurs fermes et à leurs technologies. La FPCCQ compte 11 000 membres, dont plus de 1000 sont des producteurs spécialisés dans les céréales.