Airbus reçoit une gifle de FedEx

FedEx devait être le premier client à recevoir une livraison d’A380 en version cargo. Il a retourné sa veste et a annoncé la commande de 15 B777 cargo chez Boeing et placé une option d’achat pour 15 autres appareils identiques.
Photo: Agence France-Presse (photo) FedEx devait être le premier client à recevoir une livraison d’A380 en version cargo. Il a retourné sa veste et a annoncé la commande de 15 B777 cargo chez Boeing et placé une option d’achat pour 15 autres appareils identiques.

New York — Le groupe américain de messagerie et de colis FedEx a annoncé hier l'annulation d'une commande de 10 avions cargo A380 du constructeur européen Airbus pour les remplacer par des Boeing, devenant ainsi le premier client à renoncer à l'avion géant européen.

Tout en annulant cette commande d'A380, ambitieux projet du plus gros avion du monde qui est pour l'heure la cause de sérieuses difficultés pour Airbus, FedEx a annoncé la commande de 15 B777 cargo chez Boeing et placé une option d'achat pour 15 autres appareils identiques.

«La décision d'acheter des B777 a été prise après qu'Airbus a annoncé des retards significatifs dans la livraison d'A380», a expliqué FedEx qui avait passé la commande initiale à la mi-janvier 2005.

Pour Airbus, cela va entraîner un manque à gagner de 2,8 à 3 milliards de dollars tandis que Boeing va empocher de 3,4 à 3,6 milliards avec la commande ferme, selon les prix catalogue des constructeurs.

L'annulation de FedEx réduit le nombre de commandes fermes pour le super jumbo de 159 à 149 appareils. Boeing porte pour sa part de 25 à 40 le nombre de commandes fermes — depuis le début de cette année — pour son long-courrier B777.

Le B777 cargo, présenté par Boeing comme le plus gros appareil de sa catégorie, est récent sur le marché. Il avait été lancé en mai 2005 «pour répondre à une demande croissante en avions cargo longue-distance et de grande capacité», selon le groupe américain, qui souligne symboliquement qu'Air France a été le premier client de l'appareil.

Airbus a dit hier «regretter» la décision de FedEx et a indiqué garder confiance dans l'A380 cargo, bien que le programme A380 connaisse des problèmes d'industrialisation persistants depuis 2005. Boeing s'est pour sa part dit «impatient de travailler avec FedEx et d'ouvrir un nouveau chapitre de nos relations».

Cet épisode est le premier camouflet du genre pour Airbus, qui avait notifié début octobre à tous ses clients un nouveau retard, le troisième, dans le calendrier de livraisons de son avion géant A380, soit un décalage du programme de près de deux ans comparé au plan initial.

Désormais, le premier A380 sera livré fin 2007 dans sa version d'avion de ligne et en 2010 dans sa version cargo. FedEx devait être le premier client à recevoir une livraison d'A380 en version cargo.

Jusqu'ici, les déboires de l'avionneur européen avec son avion à double pont avaient laissé ses clients partagés, certains maintenant leur soutien à Airbus, d'autres manifestant de la défiance et exigeant des compensations financières.

Hier, l'allemand Lufthansa et l'américain UPS, principal concurrent de FedEx, ont ainsi indiqué maintenir leurs commandes d'A380. Le mois dernier, l'australien Qantas a ajouté huit appareils à sa commande d'A380. En revanche, Air France s'est mis à négocier des indemnités pour les retards et le transporteur thaïlandais Thai Airways a dit qu'il allait «repenser sa stratégie» pour ses futures commandes.

Airbus a prévu de garder en provision un milliard d'euros pour dédommager ses clients de l'A380, selon la presse britannique.

À ce stade, l'A380 se traduira par un manque à gagner de 6,3 milliards d'euros entre 2006 et 2010, avait annoncé le mois dernier EADS, la maison-mère de l'avionneur.

Airbus a parallèlement dû lancer un sévère plan d'économies qui va se traduire par des suppressions d'emplois, non détaillées à ce jour, et par la réduction de 80 % du nombre de fournisseurs, ce qui suscite l'inquiétude des syndicats.

À ces difficultés s'ajoutent aussi des critiques sur la taille de l'A380, qui a déjà contraint certains aéroports à prévoir des travaux d'agrandissement pour pouvoir accueillir l'appareil. Récemment, le patron du transporteur Japan Airlines a jugé l'A380 «complètement contraire au marché actuel de l'aviation», qui privilégie les avions de taille moyenne et économes en carburant.