Une seconde chance

Aujourd’hui, Mark Lee Basombrio travaille à temps plein le jour et poursuit ses études le soir afin de décrocher son diplôme d’études secondaires. «Ma formation m’a inspiré», souligne-t-il.
Photo: Jacques Grenier Aujourd’hui, Mark Lee Basombrio travaille à temps plein le jour et poursuit ses études le soir afin de décrocher son diplôme d’études secondaires. «Ma formation m’a inspiré», souligne-t-il.

Le téléphone emprisonné entre l'oreille et l'épaule et un cellulaire à la main, Mark est visiblement très occupé à servir ses clients qui se font nombreux à midi. Il y a un an à peine, le jeune homme de 22 ans était pourtant loin de tout cela.

Comme bien des adolescents, Mark Lee Basombrio a abandonné ses études avant la fin du secondaire. «J'ai décroché du secondaire et de l'éducation pour adultes», raconte-t-il en précisant qu'à l'époque, il n'était pas prêt pour l'école. Il s'est promené d'emploi en emploi. Victime d'un accident de travail il y a deux ans, il a dû se détourner des travaux manuels et trouver autre chose. Mais quoi? «Je me suis dit qu'il me fallait quelque chose dans un domaine d'avenir, dans un domaine qui m'inspirerait. J'ai pensé aussitôt à la technologie et à l'informatique. Puis, j'ai vu l'annonce d'Intégration Jeunesse dans le journal et je me suis dit que je n'avais rien à perdre.»

Il ne croyait pas si bien dire puisque aussitôt son stage de deux semaines terminé chez Bell Mobilité, il était embauché à temps partiel par cette même boutique du Complexe Desjardins. Aujourd'hui, il y travaille à temps plein le jour et poursuit ses études le soir afin de décrocher son diplôme d'études secondaires. «Ma formation m'a inspiré», souligne-t-il.

Des histoires comme celles de Mark font les choux gras de la directrice générale d'Intégration Jeunesse, Sylvie Baillargeon. C'est que la mission de l'organisme est justement de guider les jeunes de 18 à 30 ans vers le marché du travail. «Notre clientèle-type sont des jeunes sans-emploi qui n'ont aucun diplôme post-secondaire ou professionnel et qui vivent de l'aide sociale, de l'assurance emploi ou qui n'ont aucun revenu», raconte Mme Baillargeon.

Si le personnel de l'organisme contacte les médias cet automne pour faire parler de ce que son équipe fait, c'est également parce qu'ils sont en pleine période de recrutement et que les jeunes sont de plus en plus difficile à dénicher. «L'offre de formation est très grande et le taux de chômage est très bas, ce qui fait que les jeunes qui sont relativement débrouillards trouvent facilement des emplois dans des domaines peu spécialisés, analyse la directrice générale Sylvie Baillargeon. Ceux qui restent, sont ceux qui sont le plus éloignés du marché du travail. Ils sont plus difficiles à joindre, car ils ne vont pas nécessairement aux centres locaux d'emploi.»

Formation intensive

Né en 1980, cet organisme est présent à Québec et à Montréal. On offre une formation intensive de six à huit mois (avec un stage en milieu de travail) dans 15 métiers différents. Le taux de placement est de 85 % et les programmes de formation vont de l'apprentissage du métier de conseiller technique en communication sans fil à celui de commis en information documentaire électronique, en passant par ceux de conseiller-vendeur en quincaillerie et matériaux de construction et conseiller animalier.

Les locaux montréalais d'Intégration Jeunesse sont situés dans une ancienne caserne de pompiers de la rue Ontario, dans le quartier Centre-Sud. L'édifice sert au service d'aide à l'emploi et au placement tout comme il est le théâtre des programmes de formation. Lors du passage du Devoir, un petit groupe (ils sont 15 par groupe) de futurs conseillers animaliers planchait sur des exercices aux côtés de poissons dans leur aquarium. Dans une autre salle, quelques jeunes recevaient de l'information sur les programmes.

Pour un futur conseiller en quincaillerie, par exemple, une formation de ce type garantit un revenu entre 7,50 et 9 $ l'heure à la sortie. Dans le cas d'un conseiller technique en communication sans fil, le salaire de départ oscille entre 10 et 12 $ l'heure. «Pour quelqu'un qui n'a pas son secondaire V, c'est très bien, croit Sylvie Baillargeon. Il faut mentionner que les emplois qu'ils décrochent sont des emplois permanents à temps plein.»

Et le taux de décrochage durant la formation? «Ça dépend des programmes mais il est généralement bas, insiste Mme Baillargeon. Vous savez, on ne s'adresse pas à une clientèle qui a eu un parcours traditionnel. Forcément, il y en a qui sont plus démunis. Il y a des toxicomanes qui font une rechute et qui nous quittent, il y a des jeunes filles qui tombent enceintes et il y en a d'autres qui abandonnent parce qu'ils ont des problèmes familiaux ou financiers. [...] On travaille autant en formation qu'en réinsertion sociale. On veut redonner confiance aux jeunes.»

Les programmes de formation d'Intégration Jeunesse sont principalement financés par Emploi-Québec. De plus, les jeunes qui vivent de l'aide sociale ou de l'assurance emploi continuent à recevoir un revenu pendant leurs études. Pour ceux qui ne disposent pas de ce type de revenu — c'était le cas pour Mark — ils ont droit à une carte de métro et doivent se débrouiller avec le reste.

«Côté professionnel, cette formation m'a apporté beaucoup, souligne Mark. Mais ça m'a aussi apporté beaucoup du côté personnel. Comme j'avais déjà décroché, j'avais peur de ne pas aller jusqu'au bout. J'ai eu de la misère financièrement pendant ma formation, mais j'ai réussi. Ça m'a montré que je pouvais persévérer.»