Politique de l'eau - Les embouteilleurs ne veulent pas être les seuls à payer une redevance

La perspective de devoir payer des redevances sur l'eau n'enchante pas les embouteilleurs d'eau du Québec. Ils sont cependant prêts à y faire face si le montant n'est pas trop élevé et si tous les utilisateurs d'eau sont touchés par la nouvelle mesure.

«Si le gouvernement veut l'instaurer, il a le pouvoir de la faire, mais ça doit être équitable», a déclaré hier le président de l'Association des embouteilleurs d'eau du Québec, Daniel Colpron. Jeudi dernier, le ministre québécois à l'Environnement et à l'Eau, André Boisclair, a fait connaître quelques éléments de la nouvelle politique de l'eau que le gouvernement rendra publique au cours des prochaines semaines. «La politique québécoise de l'eau ouvrira la porte au versement d'une redevance par celles et ceux qui utilisent cette eau, au premier chef les embouteilleurs», a déclaré le ministre Boisclair.

L'équité avant tout

M. Colpron, également président de l'entreprise d'embouteillage d'eau Amaro, a indiqué que cette idée était dans l'air depuis quelques années et que diverses instances gouvernementales en avaient parlé. «Comme n'importe quel industriel à qui on annonce des coûts supplémentaires, nous ne sommes pas contents. Mais la position de l'association, c'est surtout de s'assurer que ce soit équitable. Si le gouvernement veut affirmer sa propriété sur l'eau souterraine et imposer une taxe, il doit l'imposer équitablement à tous les utilisateurs.»

M. Colpron a expliqué que les embouteilleurs d'eau étaient dans les faits de petits utilisateurs comparativement à d'autres types d'entreprises. «De toute l'eau souterraine prélevée au Québec, les embouteilleurs d'eau n'en prélèvent que 1 %, et même un peu moins.»

Il a fait valoir que des entreprises de plastiques ou d'acier pompaient l'eau souterraine pour refroidir leurs machines. Les abattoirs, les terrains de golf et certains centres de ski utilisent également beaucoup d'eau souterraine. «Dans mon village [Saint-Cuthbert], il y a un abattoir de poulets qui prend de deux à trois fois la quantité d'eau qu'Amaro prend», a-t-il soutenu.

Compétitivité

M. Colpron a dit souhaiter que le montant des redevances soit peu élevé de façon à minimiser l'impact pour les embouteilleurs québécois. «Si la redevance est plus élevée, ça pourrait nuire à la compétitivité des entreprises du Québec.»

Il a expliqué que l'eau embouteillée était un secteur très compétitif, avec des prix très bas. «Nous concurrençons des eaux importées de l'Ontario et des États-Unis. Si la redevance est élevée, c'est sûr que ça pourra avoir un impact.»

L'attaché de presse du ministre Boisclair, Jean-Louis Laplante, a cependant réitéré hier que l'imposition de redevances visait d'abord et avant tout les embouteilleurs. «C'est clairement cette industrie-là qui pourrait faire l'objet de redevances.» Il n'a cependant pas fermé la porte à un élargissement de la mesure. «C'est ce que nous verrons dans la politique de l'eau.»