Investissement des entreprises et confiance en baisse - Une ombre plane toujours sur la croissance américaine

Washington - La publication hier de nouvelles statistiques défavorables pour la confiance des consommateurs et surtout l'investissement des entreprises fait planer une menace sérieuse sur la croissance toujours molle de l'économie américaine.

Les commandes de biens durables aux États-Unis ont connu au mois de septembre leur plus fort recul depuis novembre 2001, diminuant de 5,9 % par rapport à août où elle n'avaient baissé que de 0,6 %, a annoncé le département du Commerce. Dans la catégorie des biens d'équipements des entreprises, les commandes de biens d'équipements civils, un bon baromètre des programmes d'investissement et de modernisation des sociétés, ont baissé de 12,6 % après une hausse de 4,7 % en août.

Parallèlement, l'indice de confiance des consommateurs dans l'économie aux États-Unis a reculé de 5,5 points au mois d'octobre pour s'établir à 80,6, un niveau à peine supérieur à celui de l'indice préliminaire établi mi-octobre par l'Université du Michigan à 80,4 et considéré comme un record de fragilité.

Un recul du secteur manufacturier

La nouvelle baisse des commandes de biens durables indique que «le secteur manufacturier a marqué un recul», estime Joël Naroff, économiste indépendant. Cette constatation confirme, selon lui, les conclusions du dernier livre beige publié mercredi par la Réserve Fédérale américaine (Fed), qui avait affirmé que «l'activité manufacturière a baissé, ou progressé plus lentement» au cours des six dernières semaines, dans un contexte d'activité économique «molle». S'agissant «d'un mois au cours duquel les tambours de la guerre avec l'Irak ont résonné de manière intense, personne ne devrait être surpris que les entreprises soient devenues plutôt conservatrices sur le plan de leurs dépenses», a-t-il fait valoir.

«Contrairement à ce qu'Alan Greenspan attendait en début d'année, il n'y a pas de demande du côté des entreprises susceptibles de venir faire le contre-poids d'une modération de la demande des ménages», observe pour sa part Evariste Lefeuvre, économiste à CDC-Ixis Capital Markets. L'expert, qui a révisé en baisse à 3,4 % (contre 3,7 %) sa prévision de croissance du PIB pour le troisième trimestre 2002, met en garde contre le «risque d'avoir à la fois un investissement en berne et une forte décélération de la consommation et de l'investissement résidentiel à l'horizon de quelques mois».

Cette configuration l'amène à penser «qu'on aura un PIB qui au mieux affichera une croissance de 1 % au quatrième trimestre».

Des nuances

Deux autres statistiques publiées hier pourraient toutefois nuancer ce constat. Le département du Commerce a annoncé que les ventes de logements neufs ont progressé de 0,4 % en septembre par rapport au mois précédent, avec un volume record de 1,02 million d'unités en rythme annuel. Les reventes de logements ont également augmenté de 1,9 % en septembre par rapport à août, pour atteindre 5,4 millions d'unités en rythme annuel, a affirmé le groupement national des agents immobiliers.

«Ce n'est pas surprenant puisque de toutes façons le refinancement hypothécaire et l'investissement résidentiel font partie des rares moteurs de la croissance», estime M. Lefeuvre, qui rappelle qu'«avec les mises en chantier du mois de septembre, on a eu le plus haut niveau historique depuis juin 1986. C'est rassurant, mais en même temps, cela dure depuis suffisamment longtemps pour qu'on ne puisse pas compter là-dessus pour soutenir la croissance à l'horizon d'un ou deux trimestres.»