Paris - Un climat d'incertitude plane sur le Mondial de l'auto

Dominique de Villepin au Mondial de l’auto de Paris, en compagnie du p.-d.g. de Mercedes, Dieter Zetsche.
Photo: Agence France-Presse (photo) Dominique de Villepin au Mondial de l’auto de Paris, en compagnie du p.-d.g. de Mercedes, Dieter Zetsche.

Paris — Le Mondial de l'automobile 2006 ouvre sa grande «machine à rêves» au public aujourd'hui pour deux semaines avec plus de 60 nouveautés en première mondiale, dans un climat d'incertitude et de concurrence exacerbée pour des constructeurs qui font grise mine.

Malgré les voitures rutilantes et les hôtesses aguichantes, la visite de Dominique de Villepin, qui a inauguré le Mondial hier, a illustré les préoccupations croissantes pour l'avenir de la filière automobile, notamment française, à la fois sur l'emploi en Europe de l'Ouest et sur le pétrole cher.

Trois jours après l'annonce d'un plan de relance chez PSA Peugeot Citroën, qui va se traduire par 7 000 à 8 000 suppressions de postes en France en 2006, le premier ministre a plaidé pour un «patriotisme économique [...] au niveau français comme au niveau européen» et incité l'industrie automobile à «renforcer ces racines industrielles dont les Français sont fiers».

Le chef du gouvernement a annoncé aussi plusieurs mesures en faveur des biocarburants, nouvelle alternative en vogue dans la quête de carburants alternatifs au pétrole, dont le prix promet de rester durablement élevé.

Confrontés à la stagnation des grands marchés mondiaux, à l'avancée des concurrents japonais, coréens et bientôt chinois, mais aussi depuis deux ans à la cherté des matières premières, la majorité des constructeurs généralistes européens se battent pour rester dans la course et tailler dans les coûts.

Certains réfléchissent aussi à des alliances, comme Renault, Nissan et GM. Car si les ventes promettent de croître encore dans les marchés émergents mais instables d'Europe de l'Est et d'Asie, elles devraient continuer à stagner en Europe de l'Ouest, marché de remplacement à 85 % où le pouvoir d'achat patine, avivant la concurrence entre constructeurs.

«Dans les prochaines années, la pression va augmenter avec de nouveaux constructeurs désireux de pénétrer sur le marché, des palettes de produits plus larges et des cycles de vie plus courts pour les modèles et le fardeau des coûts des matières premières», explique Frederik Arp, le patron de Volvo Cars, marque du groupe américain Ford.

Comme les constructeurs ne peuvent pas répercuter ces hausses dans le prix des voitures, tant est vive la concurrence, ils s'efforcent de réduire au maximum leurs dépenses, avec un transfert croissant de la production vers les pays à bas coûts et une pression accrue sur les fournisseurs.

«Les suppressions d'emplois chez les équipementiers en France, plus importantes que prévu, devraient dépasser 5 000 personnes cette année», a prévenu hier le patron de la fédération des équipementiers Armand Batteux.

De fait, «les Français sont "en panne", surtout en France où ils perdent des parts de marché mais se concentrent de plus en plus sur les marchés hors d'Europe de l'ouest. Ils voudraient au moins maintenir leur rang sur les marchés traditionnels mais la concurrence asiatique fait rage, avec Toyota toujours en tête», remarque Yves Millière, expert automobile chez Global Insight.

Pour attirer les clients dans les concessions en Europe, les constructeurs rivalisent de promotions. «La guerre des prix est devenue une réalité en Europe mais il faut éviter qu'elle atteigne le niveau américain, où les clients finissent par acheter pour le rabais et où les marges des constructeurs s'effondrent», prévient Rémi Cornubert, expert automobile chez Mercer Management Consulting.

Outre les promotions, les fabricants tentent de multiplier les modèles et d'occuper un maximum de niches sur un marché très fragmenté, notamment avec des modèles de 4x4, où les marges sont plus conséquentes qu'avec les petites voitures.

Signe de l'arrivée d'une prochaine vague de rivaux, à l'horizon de dix ans, des marques chinoises ont fait leur apparition cette année au Mondial, sur fond de ballet de danseurs en tenue de dragons vert et or pour Landwind.

Autre illustration d'un des grands défis lancés à l'industrie, des tiges de blés, des bouteilles d'éthanol et des pompes à GPL ont surgi sur les stands du Parc des expositions de la Porte de Versailles.