Plan de restructuration - Airbus n'a pas encore reçu le feu vert d'EADS

Paris — Le nouveau patron d'Airbus, Christian Streiff, n'a pas reçu hier le feu vert officiel de sa maison mère EADS pour le plan de restructuration qu'il était venu présenter devant les administrateurs, lesquels ont souhaité «poursuivre cette discussion prochainement» avant de se prononcer.

«Le conseil d'administration d'EADS s'est réuni [hier] à Amsterdam pour discuter, entre autres sujets, de la situation du programme A380», et il «poursuivra cette discussion prochainement», a indiqué le groupe européen dans un bref communiqué à l'issue d'une réunion à Amsterdam.

M. Streiff devait annoncer hier l'ampleur du troisième retard de livraison de l'avion géant A380, victime de problèmes persistants d'industrialisation, ainsi qu'un vaste plan d'économies qui pourrait atteindre deux milliards d'euros par an et une réorganisation industrielle profonde.

Mais ce plan de relance n'a pas reçu hier l'approbation officielle d'EADS, indiquait-on de source proche du dossier. Si le projet avait été validé, les marchés financiers auraient dû en être informés.

Plusieurs hypothèses étaient avancées pour expliquer cette absence de décision hier.

«Ils ne se sont pas mis d'accord», estimait une source syndicale ayant requis l'anonymat, faisant valoir de possibles différences de vue entre actionnaires français et allemands sur la réorganisation d'Airbus, sujet politiquement sensible au vu des enjeux en matière d'emploi.

Les actionnaires-clé d'EADS sont l'allemand DaimlerChrysler (22,5 %), l'État français (15 %) et le groupe Lagardère (7,5 %).

Une source interne à Airbus soulignait pour sa part que «l'avionneur veut informer simultanément en interne et à l'extérieur» du groupe. Or, un comité central d'entreprise est programmé mercredi à Toulouse pour présenter le plan de M. Streiff. Parallèlement, la fête nationale en Allemagne tombe mardi 3 octobre, et de nombreux employés allemands seront en congés en début de semaine.

Airbus et EADS pourraient enfin «vouloir tenir compte des réactions des compagnies aériennes au nouveau calendrier de livraison de l'A380 qui leur a sans doute été donné dès ce vendredi», estime cette source interne.

De source syndicale, la direction d'Airbus prévoit la mise en place d'un plan de réduction de coûts, en sus d'un précédent programme qui visait déjà 1,5 milliard d'euros d'économies par an à partir de 2006.

Airbus, qui emploie 57 000 personnes, pourrait prolonger le gel des embauches décrété début septembre, ne pas renouveler les contrats d'intérim et réduire le recours à la sous-traitance.

Pour lutter contre l'effet dollar, Airbus, qui vend ses avions en billets verts mais calcule ses coûts en euros, compterait par ailleurs acheter davantage de composants dans des pays opérant en dollars, aux dépens des fournisseurs européens.

Airbus prévoit enfin une réorganisation de la chaîne industrielle sur l'ensemble des programmes Airbus. Les compétences de chaque usine, dont les sites d'assemblage de Toulouse et Hambourg, pourraient être redéfinies.

Selon Goldman Sachs, Airbus pourrait vendre sept de ses 17 sites industriels européens pour améliorer sa productivité.

Les nouveaux retards de l'A380, associés au plan de redressement projeté par M. Streiff, promettent de peser encore sur les comptes d'Airbus et de sa maison mère. Lors de l'annonce en juin d'une deuxième vague de retard de l'A380, EADS avait prévenu qu'il s'attendait à un manque à gagner de 2 milliards d'euros sur la période 2007-10.

Quant à Airbus, il doit verser des indemnités financières aux compagnies clientes.

Ces charges supplémentaires sont malvenues alors qu'Airbus doit très prochainement procéder au lancement industriel de son futur long-courrier A350, remodelé et dont le coût ressort doublé à 8 milliards d'euros.