Portrait - Développement durable: Fondaction veut prêcher par l'exemple

Après 10 ans, le président-directeur général Léopold Beaulieu considère que Fondaction repose sur des bases solides qui vont lui permettre de s’affirmer davantage au cours de la prochaine décennie, notamment en atteignant un taux de rendement su
Photo: Annik MH de Carufel Après 10 ans, le président-directeur général Léopold Beaulieu considère que Fondaction repose sur des bases solides qui vont lui permettre de s’affirmer davantage au cours de la prochaine décennie, notamment en atteignant un taux de rendement su

Fondaction, le fonds d'investissements des travailleurs lancé par la CSN en 1996, entreprend sa deuxième décennie d'existence en mettant plus que jamais le cap sur le développement durable. Aujourd'hui même, à l'occasion de la 11e assemblée générale annuelle, les actionnaires de ce fonds prennent connaissance d'un rapport annuel d'une centaine de pages, avec en couverture un dessin de Frédéric Back, dont l'engagement pour le respect de la nature est bien connu. «Le développement durable n'est pas une mode», affirme Léopold Beaulieu, président-directeur général qui entend bien maintenir Fondaction à l'avant-garde de ce courant dans le monde des institutions financières.

«Nous allons continuer de favoriser l'intégration des principes du développement durable à la culture de l'entreprise», dit-il. Ce premier rapport annuel de développement durable, allongé d'une trentaine de pages, est inspiré des lignes directrices de la Global Reporting Initiative (GRI), lancée en 1997 à l'initiative de l'ONG américaine CERES et du Programme des Nations unies pour l'environnement. Désormais, Fondaction présentera à tous les deux ans un rapport annuel sur le développement durable, lequel contiendra bien sûr ce qui aura été fait et les objectifs à atteindre. Il entend aussi continuer de prêcher par l'exemple. Il participe déjà à un plan d'efficacité énergétique et à un plan de gestion des matières résiduelles avec les autres occupants du Carrefour financier solidaire, où il s'est installé depuis 2004. Il versera cette année une contribution monétaire à la firme environnementale Unisféra pour l'achat de crédits d'émissions de gaz à effet de serre dans des pays en développement et il mettra en application l'an prochain un plan de gestion des déplacements à l'intention de son personnel.

Un développement en trois volets

À première vue, tout cela peut sembler bien loin des préoccupations financières des travailleurs qui confient leurs épargnes à Fondaction en prévision d'un rendement qui leur permettra d'accumuler des revenus suffisants pour leurs années de retraite. En fait, la définition qu'on donne au développement durable chez Fondaction englobe trois volets: les performances financières, environnementales et sociales. Après 10 ans, M. Beaulieu considère que Fondaction repose sur des bases solides qui vont lui permettre de s'affirmer davantage dans la prochaine décennie, notamment en atteignant un taux de rendement supérieur à celui de l'inflation. Fondaction a connu ces dernières années des difficultés à obtenir un rendement positif. Au cours de son dernier exercice financier, ce fut un rendement négatif de 2,6 %, avec tout de même une remontée minime de 0,3 % au second semestre. Pour ses 10 premières années, il y a eu un rendement positif de 1,2 %. Lancée à une valeur nominale de 10 $, l'action de Fondaction augmentait à 10,72 $ en 1997; son prix se situait à 10,74 $ en 2005, mais baissait à 10,46 $ au 31 mai dernier. Quoi qu'il en soit, insiste M. Beaulieu, aucun investisseur dans Fondaction ne perd d'argent, compte tenu des déductions fiscales accordées dans le cadre d'un RÉER et d'un fonds de travailleurs.

Une croissance constante depuis 10 ans

Fondaction a connu une croissance constante depuis sa création. Son actif net dépasse 442 millions; il a 64 140 actionnaires, dont plus de 32 000 souscrivant par retenue sur le salaire. Il peut compter sur 900 représentants bénévoles dans les rangs de la CSN pour vanter les mérites d'un investissement dans Fondaction. En fait, 62,7 % des actionnaires sont syndiqués à la CSN, 9,3 % appartient à une autre centrale et 28 % sont non syndiqués. De ce nombre, 51,2 % sont des hommes, C'est dire l'importante proportion de femmes. Par groupe d'âges, on en trouve 32,6 % entre 30 et 44 ans, 19 % entre 45 et 49 ans et 41 % ayant plus de 50 ans. L'âge moyen des actionnaires est de 46,5 ans. M. Beaulieu ne prévoit pas de difficulté au renouvellement de l'actionnariat, lorsque la vague des babyboomers déferlera sur la plage de la retraite. Fondaction mise entre autres sur l'attrait qu'offre le coût réel d'une acquisition de son action pour aller chercher une clientèle jeune qui a déjà un RÉER dans toute institution financière n'étant pas un fonds de travailleurs. Le détenteur d'un RÉER désireux d'acheter une maison peut retirer temporairement l'argent qui se trouve dans ce RÉER pour investir dans une maison sans payer d'impôt, à condition de reverser éventuellement cette somme dans son RÉER. Or, en le transférant à Fondaction, il peut alors profiter de l'économie de 30 % qui est accordée aux fonds de travailleurs.

Au 31 mai dernier, les investissements à impact économique québécois totalisaient 272 millions, en hausse de près de 35 % sur l'exercice précédent, même si le gouvernement avait plafonné à 76 millions les montants que Fondaction pouvait recueillir pour cet exercice financier. Depuis 1998, les investissements de Fondaction ont permis de maintenir ou créer 8162 emplois au Québec, avec des déboursés totaux de 316 millions dans 157 entreprises et 28 fonds. À la fin du dernier exercice financier, le portefeuille de Fondaction comprenait des investissements de 87 millions dans 87 entreprises et de 143,5 millions dans 23 fonds. Enfin, les revenus gouvernementaux (fédéral et provincial) découlant des entreprises dans lesquelles Fondaction a investi ont été de 452 millions sur une période de 10 ans.

Jusqu'à maintenant, l'investissement moyen (actions et prêts) dans une entreprise a été d'un million. Toutefois, rendu à son niveau de développement actuel avec des prévisions d'investissements en entreprise de 70 millions en 2006-07, Fondaction se donne comme cible des investissements se situant entre deux et cinq millions par entreprise pour une durée de cinq à huit ans, que ce soit pour aider à son démarrage, sa commercialisation, sa croissance ou sa relance, ou même si elle a atteint sa maturité. Depuis le début, seulement trois sociétés ont obtenu des investissements de cinq millions, et il y a un cas d'exception, soit la Société de développement Angus, dont Fondaction est devenu partenaire en 1999 et dans laquelle il a jusqu'à maintenant investi 14,4 millions.

Pour le présent et les années à venir, souligne M. Beaulieu, l'enjeu ne porte pas seulement sur les emplois, mais aussi sur la survie des entreprises qui font face à une concurrence de plus en plus redoutable de la part de pays émergents. Il faut donc investir dans la modernisation des équipements, dans de nouvelles technologies, dans la formation permanente des employés, afin de développer toutes les capacités d'une PME, notamment sa créativité, en offrant des programme de gestion plus participative. Fondaction offre aux entreprises de les accompagner pour qu'elles réussissent bien.

Mettre les employés dans le coup de l'évolution d'une entreprise est un élément qui fait partie du troisième volet du développement durable tel que conçu chez Fondaction. Permettre que les employés participent à la détermination des objectifs et à l'organisation du travail est d'ailleurs une pratique chez Fondaction même. Pour ce qui est des entreprises dans lesquelles il veut investir, on commence par faire un diagnostic socio-économique de la compagnie. On exige même qu'une formation économique soit dispensée à au moins 60 % des employés et que soit intégrée dans les conventions d'actionnaires une clause prévoyant l'acceptation du principe de la participation au capital des employés séparément ou en groupe (coopérative). Pour des participations dans le secteur des sciences de la vie, Fondaction utilise un cadre d'analyse bioéthique afin d'obtenir une bonne évaluation des impacts sur les humains et la société, en ce qui concerne par exemple les OGM, etc.

L'encadrement de développement durable proposé par Fondaction ne semble pas répugner à de nombreux dirigeants d'entreprises, puisque 1100 demandes de financement ont été présentées à Fondaction depuis 1998.