L'immobilier fait mal à l'économie américaine

Washington — La croissance américaine a ralenti un peu plus que prévu au printemps, alors que les ménages prenaient de plein fouet le grippage de l'immobilier qui risque de peser jusqu'à la fin de l'année.

La croissance a été révisée en légère baisse à 2,6 % (en rythme annuel) au deuxième trimestre contre 2,9 % annoncé précédemment, a indiqué hier le département du Commerce. Cette révision a surpris les analystes qui s'attendaient à ce que la hausse du produit intérieur brut (PIB) reste inchangée, sans pour autant modifier leur opinion.

«Il est clair que l'économie n'a pas connu une croissance aussi forte que nous le pensions, mais cela n'est pas vraiment un problème», résume l'économiste indépendant Joel Naroff.

La croissance a été revue à la baisse parce que les Américains ont plus importé que prévu, tandis que les entreprises renflouaient moins leurs stocks et les ménages diminuaient plus leurs achats de logements. «Le principal changement concerne le marché immobilier avec des mises en chantier plus faibles que prévu, et nous pensons qu'elles vont encore s'affaiblir au trimestre suivant», souligne Drew Matus de Lehman Brothers.

Mais la tendance de fond demeure: un net ralentissement de la croissance par rapport au premier trimestre (+5,6 %) dû au décrochage de la consommation des ménages (+2,6 % seulement), frappés à la fois par la remontée des taux d'intérêt et par l'emballement des prix de l'essence.

Les économistes estiment que ce ralentissement marque la première étape d'une transition vers un rythme de croissance plus faible mais plus tenable. La grande question est de connaître l'ampleur de cette décélération. Selon M. Matus, le troisième trimestre sera le pire avec une croissance de 2 % seulement. Mais on devrait revenir proche de la vitesse de croisière de 3 % en fin d'année selon lui.

D'autres sont plus nuancés. «Je ne m'attends pas à un grand rebond au 4e trimestre, il faut tabler sur une croissance autour de 2,7-2,8 %. Nous allons avoir plusieurs trimestres entre 2 et 3 %», avertit M. Naroff.

«Les consommateurs seront affaiblis, les belles heures de l'investissement des entreprises sont derrière nous et clairement l'immobilier va entraver la croissance au troisième voire au quatrième trimestre, et nous devons naviguer entre ces écueils avant que la croissance puisse repartir», ajoute-t-il.

Une bonne nouvelle pour les marchés vient de la révision — légère, mais à la baisse — des chiffres de l'inflation. L'indice des prix lié aux dépenses de consommation a progressé de 4 % (au lieu de 4,1 %). Hors alimentation et énergie, cet indice fétiche de la banque centrale a progressé de 2,7 % (au lieu de 2,8 %).

Mais il faut rester vigilant, avertissent les économistes. «Les pressions existent, il n'y a pas de raison de penser qu'elles vont ralentir», selon M. Naroff, pour qui l'inflation de base devrait rester proche de 3 % en fin d'année.

Pour la Réserve fédérale (Fed), la leçon à tirer est qu'il est prudent d'attendre. Elle a laissé son principal taux inchangé à 5,25 % lors de ses deux dernières réunions. «La Fed va observer le statu quo jusqu'à la fin de l'année», prévoir Dawn Desjardins de RBC Financial Group. Ensuite, les options sont ouvertes. «Je ne serais pas surpris si la Fed baissait ses taux au premier trimestre 2007», affirme M. Naroff.

Mais le scénario inverse est aussi possible. «La Fed va probablement devoir remonter ses taux une nouvelle fois, pas vraiment parce que l'inflation continuera de monter, mais parce qu'elle refusera de baisser», selon M. Matus.