Olymel recrute Lucien Bouchard pour négocier avec l'industrie porcine

Dans le cadre du mandat que lui donne Olymel, Lucien Bouchard fera appel aux représentants des grandes organisations agricoles, comme l’Union des producteurs agricoles, ou la Fédération des producteurs de porcs du Québec, aux organisations syndical
Photo: Jacques Nadeau Dans le cadre du mandat que lui donne Olymel, Lucien Bouchard fera appel aux représentants des grandes organisations agricoles, comme l’Union des producteurs agricoles, ou la Fédération des producteurs de porcs du Québec, aux organisations syndical

Olymel donne à Lucien Bouchard un mandat large de négocier avec tous les partenaires de l'industrie porcine au Québec une consolidation de cette industrie. «une nécessité pour la survie d'Olymel et de l'ensemble de ce secteur», précise Réjean Nadeau, président et directeur général de cette filiale de la Coop fédérée. Olymel annonce en outre son intention d'en appeler de la décision rendue le 30 août dernier par Me Jean-Pierre Tremblay d'empêcher la fermeture de l'usine de Saint-Simon.

Dans le communiqué émis hier pour faire part de ces décisions, Olymel mentionne que près de 4000 emplois sont menacés dans le secteur du porc frais si rien n'est fait pour améliorer les conditions de production, de mise en marché, d'abattage et de transformation. «Les problèmes chroniques du secteur du porc frais ont entraîné entre 2003 et 2005 des pertes de plus de 100 millions, auxquelles devrait s'ajouter une perte de plus de 55 millions en 2006», ajoute-t-on.

Dans le cadre de son mandat, l'ex-premier ministre du Québec, qui s'était montré très efficace comme président de sommets agroalimentaires lorsqu'il dirigeait le gouvernement, fera appel aux représentants des grandes organisations agricoles, comme l'Union des producteurs agricoles (UPA), la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ), aux organisations syndicales de la CSN et de la FTQ et aux représentants gouvernementaux concernés.

Parmi tous ces partenaires, le communiqué n'en nomme qu'un seul par son prénom et son nomde famille, à savoir Jean Lortie, président de la Fédération du commerce de la CSN, en rappelant que celui-ci avait exprimé publiquement au début de septembre le souhait qu'Olymel emprunte désormais la voie du respect et du dialogue plutôt que celle de la confrontation. Étant donné la réputation de négociateur redoutable attachée à M. Bouchard, M. Lortie s'est montré prudent hier dans sa réaction à ce communiqué. «Pas de commentaires pour l'instant», a-t-il répondu, en expliquant qu'il allait plutôt consulter les représentants syndicaux des 3500 employés syndiqués d'Olymel affiliés à la CSN.

Par ailleurs, du côté des producteurs, la réaction à cette intervention de M. Bouchard a été très bonne. Jean Larose, directeur général de l'UPA, y a vu «une partie du message envoyé à la Coop fédérée et au gouvernement». Il trouve intéressant qu'on ait choisi quelqu'un qui a une perspective extérieure dans le dossier porcin et qui a aussi une vision globale de l'industrie agroalimentaire, des intérêts régionaux et, bien sûr, des aspects gouvernementaux.

Au fait, M. Bouchard a déjà demandé d'avoir une première réunion avec Yvon Vallières, ministre de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation. Le ministre a confirmé qu'il recevra M. Bouchard d'ici à deux semaines et lui offre d'ores et déjà toute sa collaboration. Le gouvernement Charest a du reste déjà eu recours lui-même à quelques reprises aux services de l'ancien premier ministre. Comme tous les partenaires dans cette industrie porcine, qui génère des revenus de 2,5 milliards et emploie 10 000 personnes au Québec, M. Vallières constate que celle-ci traverse une crise importante qu'il explique par les facteurs suivants: la montée rapide du dollar, le moratoire, qui a déjà entraîné une diminution de la production de sept millions à 6,5 millions de porcs par année, la maladie, qui continue d'affecter la productio, avec des pertes de 25 à 30 % des porcelets, et des relations de travail plus difficiles dans certains cas.

À toutes ces difficultés qui frappent Olymel, qui compte pour 60 % de l'industrie porcine québécoise, il faut ajouter la situation précaire des producteurs de porcs eux-mêmes. Claude Corbeil, président de la FPPQ, qui voit lui aussi d'un bon oeil l'arrivée de M. Bouchard dans ce dossier, a hâte de savoir quel est le mandat précis qu'il peut remplir. Il confirme à son tour que les producteurs de porcs vivent peut-être la situation la plus difficile de leur histoire et qu'Olymel, qui connaît des difficultés importantes, ne peut pas payer le maximum pour les porcs arrivant dans ses abattoirs. Le prix payé actuellement est d'environ 125 $ le 100 kilos, en comparaison de 142 $ aux États-Unis. «La situation d'Olymel nous préoccupe beaucoup et on va attendre de rencontrer M. Bouchard pour connaître le plan de match», confie M. Corbeil.

Pour sa part, M. Bouchard a limité ses commentaires à une seule phrase dans le communiqué: «Mon mandat consiste à réunir dans les meilleurs délais les conditions qui permettront non seulement à Olymel de poursuivre ses activités dans le secteur du porc frais au Québec, mais également d'améliorer la position de l'ensemble de l'industrie porcine du Québec face à ce qui se passe ailleurs sur le continent. La réussite de cette entreprise est dans l'intérêt de tous, des producteurs, des travailleurs de l'industrie et des pouvoirs publics. J'y consacrerai la plus grande énergie possible».