L'OPEP reste immobile mais vigilante face au prix du brut

Selon le porte-parole de l’OPEP, les pays membres maintiennent qu’ils ne baissent pas la garde, et le président en exercice, le Nigérian Edmund Daukoru, est constamment «en consultations avec les autres ministres».
Photo: Agence Reuters Selon le porte-parole de l’OPEP, les pays membres maintiennent qu’ils ne baissent pas la garde, et le président en exercice, le Nigérian Edmund Daukoru, est constamment «en consultations avec les autres ministres».

Paris — L'OPEP surveille comme le lait sur le feu la récente dégringolade des cours du pétrole, mais ne prévoit pas pour l'instant de se réunir en urgence pour l'enrayer en abaissant sa production, préférant agir dans l'ombre, selon des analystes.

Le suspense n'avait fait que croître ces derniers jours au fil de la chute de plus en plus spectaculaire des cours, nourrissant les spéculations sur une reprise en main du marché par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), c'est-à-dire une baisse de leur production.

Les cours du brut ont cédé ces dernières semaines près d'un quart de leur valeur par rapport aux sommets atteints cet été. Ils ont ainsi plongé jusqu'à 59,52 $US lundi à New York, au plus bas niveau depuis le 8 mars. Le 13 juillet, ils s'étaient hissés jusqu'à un niveau historique de 78,40 $US.

Le cartel pompe 40 % du brut mondial, et tout infléchissement de son niveau de production se répercuterait instantanément sur les cours au niveau planétaire. Mais pour l'heure, il n'y a pas lieu de s'alarmer, à en croire ses responsables. «Il n'y a pas pour l'instant de réunion d'urgence prévue avant Abuja», au Nigeria, lieu programmé pour la prochaine réunion le 14 décembre, a indiqué hier à Vienne un porte-parole de l'OPEP, interrogé par l'AFP depuis Paris.

Une telle réunion aurait permis aux 11 pays membres de valider une baisse immédiate du plafond, actuellement fixé à 28 millions de barils par jour (mbj).

Pour autant, les pays membres maintiennent qu'ils ne baissent pas la garde, et le président en exercice de l'OPEP, le Nigérian Edmund Daukoru est constamment «en consultations avec les autres ministres», selon le porte-parole. Une réunion d'urgence demeure d'ailleurs possible à tout instant si la situation l'exige, a-t-il précisé. Ce mécanisme préventif, déjà utilisé à plusieurs reprises dans le passé, avait été réactivé lors de sa dernière réunion, le 11 septembre à Vienne.

À l'époque, le net recul des cours était déjà bien amorcé, et plusieurs ministres s'en étaient publiquement émus. Ils avaient néanmoins décidé de ne pas modifier leur plafond de production.

Le chef de file de l'OPEP, l'Arabie saoudite, avait de fait indiqué que cette baisse était la bienvenue puisqu'elle soulageait d'autant les pays consommateurs, alors que l'économie mondiale, après quatre ans de vaches grasses, donne des signes de fatigue.

Mais les analystes font valoir qu'en coulisse les choses ne sont pas si simples et que les pays membres sont en réalité divisés au sujet du niveau idéal des cours du pétrole. Le Venezuela et l'Iran, traditionnels «faucons», ont ainsi fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas le voir flancher sous les 60 $US le baril. Le «débat sur le prix plancher» que devrait défendre l'OPEP est en cours, et le «niveau le plus souvent évoqué est celui de 55 $US le baril», relèvent les analystes de la Société Générale dans un récent rapport sur les matières premières.

Leurs homologues du Centre for Global Energy Studies (CGES), un institut londonien, font de leur côté remarquer que l'OPEP, et en particulier l'Arabie saoudite, peuvent quoi qu'il arrive influer sur les prix du brut en réduisant discrètement leur production.

Le ministre saoudien du pétrole Ali al-Nouaïmi avait reconnu début septembre que son pays pompait déjà 300 000 barils par jour de moins qu'au début de l'année, soit 9,2 mbj.

«Les Saoudiens vont probablement laisser encore leur production diminuer lentement, jusqu'à ce que la pression [sur les cours] devienne trop importante», estime le CGES.