Régimes de retraite: l'écart entre les riches et les pauvres s'est creusé

L'écart entre riches et pauvres s'est creusé en matière de contributions à des régimes de retraite au cours des deux dernières décennies. Cette inégalité croissante peut traduire une stagnation des revenus chez ces derniers. Mais elle s'explique également par les modalités des régimes publics, qui n'incitent pas les moins nantis à se constituer un patrimoine retraite complémentaire.

L'étude de Statistique Canada visait «à déterminer si les familles canadiennes étaient mieux préparées à la retraite en 2003 que ne l'étaient leurs homologues au milieu des années 1980». L'agence fédérale estime que c'est le cas pour les familles occupant le sommet de la pyramide des revenus, et non pour celles se retrouvant au bas de l'échelle. D'où la conclusion voulant que l'écart se soit creusé entre riches et pauvres en matière de contributions à des régimes de retraite complémentaires (REER et RPA) depuis 1986.

Les familles biparentales se situant dans le segment de 20 % des revenus supérieurs ont cotisé, en moyenne, 11 300$ à un REER ou à un régime de pension agréé en 2003. En dollars constants (de 2002), le versement moyen de cette famille type se chiffrait à 8000$ en 1986. Dans l'intervalle, à l'autre extrémité, la cotisation moyenne d'une famille biparentale se situant dans les 20 % des revenus les plus faibles s'établissait à 1200 $ en 2003, inchangée par rapport à la cotisation d'une famille type similaire en 1986. «Cette tendance vers une inégalité croissante en ce qui a trait aux cotisations à des régimes de retraite est ressortie à la fois pour les familles biparentales, monoparentales et les personnes seules», a ajouté Statistique Canada.

L'agence de statistiques n'est pas sans relier cette distorsion à l'évolution des revenus. Dans le segment supérieur, le gain moyen d'une famille biparentale est passé de 123 000 à 170 000$ entre 1986 et 2003. À l'autre extrémité du spectre, les gains ont stagné à 25 000$ (toujours en dollars constants de 2002) sur cet horizon.

Un autre élément pesant sur cet écart grandissant est l'existence des régimes publics, qui viennent atténuer le poids de l'inégalité. Ces régimes n'incitent pas les familles plus démunies à effectuer des cotisations à un régime complémentaire de retraite, qui viendrait amputer d'autant les prestations sous forme de rente régulière ou de supplément de revenu garanti.

«Des recherches récentes ont démontré que la maturation du Régime de pensions du Canada et du Régime des rentes du Québec a entraîné une réduction substantielle de l'inégalité du revenu parmi les personnes âgées entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990.» Statistique Canada a toutefois émis l'hypothèse qu'une telle réduction des inégalités a pu disparaître au cours des années subséquentes.