Dundee à l'assaut des banques

Après ING Direct, un autre établissement virtuel met le pied dans les platebandes des banques canadiennes. Sans aucune succursale pour accueillir ses clients, Gestion de patrimoine Dundee a officiellement lancé hier sa propre banque, mais réservera les produits et services seulement à ceux qui passeront par un conseiller financier.

La firme torontoise, qui possède elle-même le plus important réseau de conseillers financiers indépendants du pays, au nombre de 2000, s'est toutefois défendue de vouloir forcer les épargnants à passer par ses propres conseillers pour ouvrir un compte d'épargne ou acquérir certains certificats de placement.

«Ce conseiller-là n'a pas besoin d'être chez nous», a dit lors d'un entretien Marc St-Pierre, vice-président du conseil pour certaines activités du groupe Dundee. «Le conseiller peut être quelqu'un de la Financière Banque Nationale, de la Banque Royale ou d'une Caisse populaire.»

À la base, Dundee estime que les banques traditionnelles «ne paient pas toujours le taux qu'elles devraient payer, ou qu'elles peuvent payer», a dit M. St-Pierre, cela résultant d'une structure de coûts plus lourde en raison notamment de leurs réseaux de succursales. De plus, a estimé M. St-Pierre, le vieillissement de la population et la retraite progressive de milliers de baby-boomers fait en sorte que la relation entre un conseiller financier et son client prendra une nouvelle importance.

En gruger un peu partout

C'est l'an dernier que la Banque Dundee du Canada a obtenu des autorités fédérales l'autorisation de fonctionner à titre de banque à charte de l'annexe 1, bref au même titre que les grandes banques et certaines autres comme la Banque President's Choice et la First Nations Bank.

Dundee n'a pas voulu divulguer ses objectifs de parts de marché, mais estime qu'elle pourra en gruger un peu à tous les établissements bancaires. «Notre arrivée dans le marché va un peu déranger», s'est limité à dire M. Saint-Pierre, citant des chiffres selon lesquels le pays compte environ 30 000 conseillers financiers. «Il y a un pool d'épargne qui est là», a dit M. St-Pierre. «Il y a des gens réceptifs aux taux plus élevés, mais il y a aussi de l'argent que les gens laissent parfois traîner, et on veut attirer l'attention des épargnants là-dessus.» Le compte d'épargne-placement, par exemple, sera assorti d'un taux de 3,85 %. À la Banque de Montréal, le plus fort taux d'épargne que l'on peut obtenir avec un compte de particulier est présentement de 2,6 %.

Le défrichage d'ING

Il a été impossible hier d'obtenir la réaction d'ING Direct à l'arrivée d'un concurrent pas loin de ses platebandes. ING Direct a débarqué au Québec en 2002, un geste qui n'avait pas laissé les grandes banques indifférentes. La présidente de Banque ING du Canada avait indiqué au journal Les Affaires en août que sa part de marché était d'environ 3 % dans l'épargne et de 3 % dans les hypothèques.

Marc Saint-Pierre a indiqué hier qu'ING Direct avait contribué à «rendre crédible» le concept de la banque virtuelle. «La réaction aurait été différente il y a cinq ans. Mais les gens reconnaissent aujourd'hui qu'on vit dans un environnement différent.»

Dundee ne semblait pas s'inquiéter hier dans l'univers des comptes d'épargne à un moment où le taux d'épargne des ménages et des gens touche des creux historiques. L'an dernier, le taux d'épargne au Québec a fini en territoire négatif, à -0,3 %, comparativement à -0,2 % au Canada.

La Banque Dundee offrira un jour diverses formes de crédit. Sa société-mère, Gestion de patrimoine Dundee, exploite notamment une firme de courtage.

Bien qu'elles contrôlent toujours l'industrie, les grandes banques ne sont plus tout à fait seules. La Banque Manuvie, par exemple, a des dépôts totalisant 7 milliards, ce qui la place au huitième rang des banques canadiennes, tout juste devant la Canadian Western Bank qui en compte 6,9 milliards.