La Saab 93 CombiSport Aero - Sculpturale et désolante

La Saab 93 CombiSport attire les regards approbateurs partout où elle passe et suscite de nombreux commentaires élogieux.
Photo: La Saab 93 CombiSport attire les regards approbateurs partout où elle passe et suscite de nombreux commentaires élogieux.

La Saab 93 CombiSport est une réussite esthétique indéniable. Elle attire les regards approbateurs partout où elle passe et suscite de nombreux commentaires élogieux.

Cette grande séductrice vient rejoindre, au sein de la gamme 93, la berline et le cabriolet déjà présents depuis 2002. Bien que les versions de base soient pourvues d'un quatre cylindres turbo de

2 litres, notre véhicule d'essai était une version Aero, équipée d'un V6 de 2,8 l qui est turbocompressé lui aussi.

Contrairement à certaines de ses devancières, aux lignes souvent étranges et incongrues, il s'agit ici de la Saab la mieux dessinée depuis le lancement de la 99 en 1969. Le profil unique de son pavillon lui confère une élégance que n'ont pas d'autres voitures familiales. Bien qu'elle soit conforme aux canons qui définissent l'identité de la marque Saab, la 93 CombiSport n'en est pas moins moderne. Il est d'ailleurs fort dommage que Michael Mauer, le directeur du design qui a supervisé la conception de cette voiture, soit maintenant parti exercer son talent chez Porsche.

«... au Royaume de Suède»

Au nom de grands principes d'ergonomie, le tableau de bord de Saab est incurvé, comme pour entourer le conducteur. Malheureusement, les principales commandes de la console enfreignent allègrement d'autres principes fondateurs de cette discipline: un foisonnement de boutons noirs, tous pareils, et sur lesquels sont imprimés de tout petits pictogrammes, vous désoriente chaque fois que vous devez régler la ventilation ou la radio. Par ailleurs, l'ensemble de la planche de bord, aussi terne que sombre, frôle l'indigence. Certains parleront ici de minimalisme scandinave, je préfère parler de pingrerie.

Si les plastiques étaient de qualité, si leur texture était agréable, et si l'assemblage de l'ensemble était irréprochable, on pourrait passer l'éponge, mais c'est très loin d'être le cas. En plus, sur un mauvais revêtement (la norme plutôt que l'exception au Québec...), vous avez droit à un concert de grincements et de craquements, quand ce ne sont pas carrément des pièces de garnissage qui vous restent dans les mains! Le porte-verre au déploiement spectaculaire, jaillissant du tableau de bord, est un événement en soi. Il est seulement regrettable que l'on ne puisse pas y mettre un café sans risquer de s'ébouillanter. Et il y a aussi les commodos (les leviers de commande situés de part et d'autre du volant) dont la piètre qualité évoque celle des jouets que les chaînes de restauration rapide offrent aux enfants.

Les sièges, par contre, sont archiconfortables tout en maintenant les réglages au minimum. Contrairement à ce que font les Allemands avec des baquets qui s'inclinent, qui se cambrent, qui se gonflent et qui se désarticulent, sans jamais vous procurer un confort adéquat, ceux de Saab sont simplement très bien conçus.

Allô OnStar?

Et l'on se demande où peut bien être le système OnStar? Depuis de nombreuses années, General Motors, dont Saab est une filiale, tente péniblement de rendre ses clients dépendants de son service télématique en l'incluant de force dans plusieurs de ses produits, même les moins coûteux. Aussi, il est assez étrange de constater son absence dans une voiture de plus de 40 000 dollars. À ce prix, on s'attend à plus qu'au strict nécessaire: le superflu frivole devrait aussi être du voyage.

Avec ses 250 chevaux, le moteur V6 de la version Aero ne manque pas de souffle. Son turbocompresseur fait un travail plus discret et plus subtil que ceux des Saab à moteur quatre cylindres. En effet, le légendaire effet de couple intempestif, qui se manifeste lorsqu'un surcroît de puissance jette son dévolu sur une seule des roues du train avant et qui fait dévier la voiture de sa trajectoire, est toujours présent, mais il est plus facile à maîtriser. On regrettera, par contre, le bourdonnement sourd de ce V6, très présent dans l'habitacle, et sa consommation d'essence élevée qui se tient invariablement autour de 12 l/100 km en conduite combinée ville/autoroute.

Boîte télépathe

La boîte automatique à six rapports accomplit, quant à elle, un travail admirable. Le moteur et la boîte sont si bien assortis l'un à l'autre que les petites palettes, situées sur le volant et qui devraient permettre de passer les rapports manuellement, deviennent un gadget parfaitement inutile. Jamais on n'a besoin d'user de ce dispositif pour obtenir plus de puissance, car la boîte automatique rétrograde de façon presque télépathique.

Malgré sa carrosserie de type familiale, la 93 CombiSport Aero a du mal à cacher sa vraie nature: son comportement routier a été délibérément calibré pour la performance et ne manifeste que très peu d'empathie pour vos vertèbres lombaires, ou pour celles de vos petits passagers assis derrière. Les roues cherchent à cartographier la moindre cavité du bitume, alors que sa suspension tient absolument à vous communiquer tous les détails de cette nouvelle découverte.

La Saab 93 CombiSport Aero possède des qualités indéniables: une motorisation intéressante, une ligne très réussie et des sièges presque parfaits. Mais l'exécution lamentable de l'intérieur, et la suspension trop ferme pour une voiture qui prétend avoir une vocation familiale viennent gâcher la sauce. De plus, il faut mentionner que Saab a fait subir, pour 2007, une sérieuse décote au prix de sa 95, elle aussi offerte en version CombiSport. Question d'adapter l'offre à la demande, on a jugé pertinent d'abaisser les prix de cette dernière de près de 7000 dollars! Le même type de correctif, appliqué à la 93, aiderait certainement à repositionner ce produit dans un segment de marché où il serait plus concurrentiel.

Collaborateur du Devoir

FICHE TECHNIQUE

Saab 93 CombiSport Aero

- Moteur: V6 2,8 L

- Puissance: 250 ch / 258 lb-pi

- 0 à 100 km/h: 8,2 s

- Vitesse maximale: 210 km/h

- Consommation: 12,2 L/100 km

- Échelle de prix: 36 400 $

I4 - Manuelle) à 44 900 $ (V6 - Auto)