Déconfiture d'Amaranth - La Caisse continuera d'investir dans des fonds de couverture

«Je pense que les gens de l’industrie n’aiment pas des situations où il y a une surréglementation.»
Photo: Jacques Nadeau «Je pense que les gens de l’industrie n’aiment pas des situations où il y a une surréglementation.»

Malgré la gigantesque déconfiture du fonds américain Amaranth, qui a perdu six milliards $US en un mois, la Caisse de dépôt et placement du Québec est tout à fait confiante dans les investissements qu'elle fait dans les fonds de couverture, a indiqué hier son président, Henri-Paul Rousseau.

Le fonds Amaranth, qui a payé très cher un mauvais pari sur les perspectives du gaz naturel, représente le plus gros effondrement de l'histoire des fonds de couverture (hedge funds). Ceux-ci usent de stratégies dites de rechange pour maximiser les rendements, mais ils évoluent à l'abri du regard des autorités réglementaires, ce qui leur vaut parfois une dure critique.

La Caisse, qui place depuis trois ans quelques billes ici et là dans ce type de fonds, n'entend pas changer sa stratégie. Elle détenait dans Amaranth un placement de 77,3 millions en date du 31 décembre 2005, mais ses règles l'empêchent de dire si elle le détient toujours.

«Environ 3,5 % de notre actif se trouve dans les fonds de couverture. C'est inférieur à nos pairs américains, et on est confortable avec ça», a dit hier M. Rousseau à l'issue d'un discours sur la stratégie internationale de la Caisse qu'il a prononcé devant la Chambre de commerce française au Canada.

L'actif net des déposants, parmi lesquels figure la Régie des rentes du Québec, s'élève à 122 milliards. Alors que le rendement global s'est établi à 14,7 % l'an dernier, celui des investissements dans les fonds de couverture s'est chiffré à 8,9 %.

Les déboires d'Amaranth, dont le portefeuille énergétique était géré à Calgary, surviennent quelques mois après que les autorités américaines eurent essuyé un gênant revers. La Securities and Exchange Commission (SEC) voulait réglementer les fonds de couverture pour connaître leurs types de clients de même que pour les soumettre à des inspections. Or une cour d'appel l'a empêchée d'appliquer ses exigences en juin. Depuis, 106 fonds ont demandé le retrait de leur enregistrement, a rapporté hier l'agence Bloomberg.

M. Rousseau a reconnu hier que l'obscurité entourant les fonds de couverture présente des «dangers». Mais il ne faudrait pas pour autant s'inquiéter outre mesure. «Il y a beaucoup d'activités non réglementées dans le monde financier. La question de fond, c'est quelle réglementation et pourquoi. J'aime bien le système britannique, qui oblige les fonds à s'enregistrer.

Il propose une réglementation minimale, qui est basée sur des principes plutôt que des règles.»

Le président de la Caisse, par ailleurs, a dit que certains événements avaient tendance à entraîner un effet de discipline. «Je pense que les gens de l'industrie n'aiment pas des situations où il y a une surréglementation. Et je ne serais pas surpris qu'ils aient tendance à s'autodiscipliner le plus vite possible.»

Jusqu'à maintenant, le plus gros écrasement d'un fonds de couverture avait été celui de Long Term Capital Management, qui a fléchi en 1998 après des pertes de 4,6 milliards $US. Avant ses pertes de six milliards, Amaranth détenait des actifs d'environ 9,5 milliards. Son fondateur, Nicholas Maounis, a fait savoir hier qu'il n'était pas question de mettre la clé sous la porte. Toujours selon Bloomberg, la SEC aurait ouvert une enquête.

Stratégie internationale

M. Rousseau a aussi longuement parlé hier de la stratégie de la Caisse dans les marchés émergents, notamment en Chine, où elle a ouvert un bureau à Shanghai pour prendre pied dans le secteur immobilier. L'émergence de nouvelles économies permet à la Caisse de diversifier ses investissements, a-t-il dit.

Environ 37 % de l'actif net de la Caisse est investi hors du Canada. Un moyen de tirer profit des marchés émergents est d'investir dans des entreprises qui y sont déjà actives, plutôt que par investissement direct, a dit M. Rousseau.