Débâcle financière - La Caisse de dépôt avait investi dans Amaranth

Le fonds américain Amaranth, dont les pertes de six milliards $US en raison d'un mauvais pari sur les perspectives du gaz naturel retiennent l'attention à Wall Street et ailleurs, comptait parmi ses investisseurs la Caisse de dépôt et placement du Québec en date du 31 décembre 2005.

Issu de la race des fonds de couverture (hedge funds), qui agissent dans l'obscurité et à l'abri des autorités réglementaires, le fonds Amaranth détenait des actifs de 9,5 milliards jusqu'à ce que sa stratégie ne tourne au vinaigre et le force à liquider des actifs pour éviter le gouffre. Il s'agit de la plus grosse dégelée depuis celle de Long Term Capital Management, en 1998.

En date du 31 décembre dernier, la Caisse de dépôt détenait dans le fonds Amaranth 48 403 unités pour un total de 77,3 millions, selon son rapport annuel de 2005. Un porte-parole de la Caisse a refusé hier de dire si l'établissement les détenait toujours ou s'il les avait vendues.

«La reddition de comptes de la Caisse n'a lieu qu'au 31 décembre de chaque année», dit Gilles des Roberts. «Ça fait partie des règles de la Caisse.» Même si celle-ci était encore détentrice des unités, les règles empêcheraient également de divulguer la valeur du placement.

Depuis 2003, la Caisse s'aventure avec prudence dans les fonds de couverture, qui lui ont donné l'an dernier un rendement de 8,9 %. Dans son portefeuille global, ces fonds ne représentaient que 3,2 % de l'actif net des déposants, qui se chiffre à 122 milliards. Parmi ces déposants figurent la Régie des rentes du Québec, la CSST et la SAAQ.

Un fonds de couverture est généralement réservé aux investisseurs fortunés et utilise des stratégies visant à générer un rendement élevé, peu importe la direction des marchés. Parfois critiqués pour leur façon secrète de fonctionner, ces fonds, lorsqu'ils s'écroulent, peuvent influencer les marchés. La Banque centrale européenne a affirmé en juin qu'ils représentent un «risque majeur» pour la stabilité financière mondiale.

M. des Roberts a cependant indiqué que la Caisse prend tous les moyens pour s'assurer de la bonne tenue des fonds de couverture dans laquelle elle effectue des placements. «Il y a déjà un examen très précis et intense qui se fait avant qu'on investisse dans des fonds. [...] Dans le suivi des dossiers, il y a toute une procédure.»

Pour la petite histoire, Amaranth est aussi le fonds qui avait acquis, en janvier 2004, le bloc d'actions de Stelco dont la Caisse s'était départie. Stelco est un producteur d'acier ontarien qui se remet de graves problèmes, dus notamment à la concurrence.

Un autre grand investisseur institutionnel, le fonds de retraite des enseignants de l'Ontario, aussi connu sous le nom de Teachers, a refusé hier de dire s'il avait placé de l'argent dans Amaranth.

Vente du portefeuille énergétique

L'agence Bloomberg et le Wall Street Journal rapportaient hier qu'Amaranth a signé une entente pour vendre son portefeuille de placements dans le secteur de l'énergie à la firme JP Morgan et au groupe de fonds de couverture Citadel. Amaranth est enregistré au Connecticut, mais son courtage en énergie était effectué à Calgary par Brian Hunter. L'agence Reuters a cité hier d'anciens collègues selon lesquels M. Hunter s'était classé l'an dernier parmi les meilleurs courtiers du monde dans le secteur du gaz naturel.

Le plus gros fiasco impliquant un fonds de couverture jusqu'à maintenant a été celui de Long Term Capital Management (LTCM). Fondé en 1994, le fonds avait rendu l'âme quatre ans plus tard après avoir perdu 4,6 milliards en quatre mois, notamment à cause de la crise financière en Russie. Son conseil d'administration comptait deux Prix Nobel d'économie.

Pour générer ses rendements, le fonds LTCM misait de manière complexe sur les écarts de prix qui caractérisent le marché des obligations gouvernementales dans plusieurs pays. Son effondrement avait suscité une telle inquiétude qu'un groupe de banques dirigé par la Fed régionale de New York avait organisé une opération d'urgence pour limiter les dégâts sur les marchés.