Pour tenter de livrer bataille à Vodafone - Vivendi cède son pôle édition

Paris - Pressé de vendre son pôle édition pour répondre à l'offensive de Vodafone sur Cegetel, Vivendi Universal s'est résolu à le céder, sans les activités américaines, à un prix relativement modeste au groupe Lagardère (Hachette).

Mais Vivendi n'est toujours pas assuré de pouvoir réunir les quatre milliards d'euros nécessaires pour livrer bataille à Vodafone. Ce dernier attend aussi pour le 30 octobre la réponse du groupe français à son offre de racheter pour 6,7 milliards d'euros les 44 % qu'il détient dans Cegetel.

Pour 1,25 milliard d'euros, le groupe Lagardère s'est adjugé plusieurs fleurons de l'édition française comme Larousse, Robert, Bordas, Nathan, Colin, Plon-Perrin, Laffont, 10/18 et Pocket, ainsi que les activités d'édition en Europe et en Amérique latine de VU Publishing (VUP).

Le groupe de Jean-René Fourtou ne recevra comptant qu'une partie du montant affiché de cette transaction, qui comprend la reprise de la dette de VUP et de la trésorerie. Leur montant respectif n'a pas été divulgué.

La Bourse de Paris semble considérer que la vente est plus favorable à l'acheteur, Lagardère, qu'au vendeur. Le titre du premier était en hausse de 5,6 %, celui du second était en revanche en baisse de 5,9 %, dans un marché en forte baisse de 3,1 %.

Lagardère avait finalement un seul rival: le consortium dirigé par le fonds d'investissement Paribas Affaires Industrielles, qui avait mis la barre plus bas en n'offrant que 800 millions d'euros environ, a-t-on appris de sources proches du dossier. L'offre du troisième candidat déclaré, Eurazeo, holding du groupe Lazard, était limitée aux activités américaines de VUP.

Un contretemps

Vivendi, qui préférait céder VUP en bloc pour conforter son crédit auprès de ses banques, s'est résigné à vendre séparément la maison d'édition américaine Houghton Mifflin, rachetée en 2001 pour 2,2 milliards d'euros et valorisée actuellement aux environs de 1,7 milliard. Les offres pour le rachat de Houghton Mifflin étaient bien au-dessous des attentes de Vivendi, a expliqué ce dernier, en annonçant «la relance prochaine du processus de cession afin de l'ouvrir à un nombre plus important d'acquéreurs potentiels».

À cause de ce contretemps, Vivendi risque de manquer de liquidités s'il décide de contrer l'offensive de l'opérateur de télécommunications britannique Vodafone sur Cegetel (détenu à 44 % par Vivendi), en dépit de la vente des activités européennes de VUP. Vivendi a jusqu'au 10 novembre pour repousser l'assaut de Vodafone en exerçant son droit de préemption sur ses deux partenaires minoritaires dans Cegetel, le Britannique BT Group (25 %) et l'Américain SB Communications (15 %), dont les actions sont convoitées par Vodafone.

Plusieurs montages financiers restent possibles. Mais Vivendi doit convaincre ses banques qu'il ne s'exposerait pas à une dégradation de sa cote de crédit par les agences internationales de notation financière, en alourdissant sa dette pour prendre le contrôle de Cegetel et mettre la main sur sa trésorerie.