Le Canada s'invite à la table des Français

Paris — À grands coups d'artistes de chez nous — Lynda Lemay, Anthony Kavanah, Alanis Morissette et consort — le Canada s'est placé au cours des dernières années dans les bonnes grâces de la France. Et le ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire du Canada, de concert avec l'Ambassade canadienne à Paris, espère bien en profiter, commercialement s'entend. Comment? En lançant dès aujourd'hui la «Boutique canadienne» en France.

Le concept, présenté dans le cadre du Salon international de l'alimentation (SIAL) qui a pris son envol pour cinq jours dimanche dernier à Villepinte dans la banlieue parisienne, est original. De taille réduite aussi, puisqu'il se résume en de simples présentoirs placés pendant les douze prochains mois dans les allées des grands supermarchés de l'Hexagone. «C'est un moyen efficace de rejoindre rapidement le plus grand nombre de consommateurs», résume Robert Boghem, du Service commercial de l'Ambassade du Canada en France.

Subtilement baptisées «Boutique canadienne/Canadian corner», pour titiller l'anglophilie ambiante chez les Gaulois, ces vitrines vont permettre la présentation d'une trentaine de produits canadiens importés des quatre coins du pays. Des produits triés sur le volet afin de répondre aux exigences de la grande distribution française, mais aussi aux éternels clichés canadiens particulièrement prisés de ce côté-ci de l'Atlantique.

Une image canadienne

La note confidentielle envoyée en juillet dernier à une poignée d'exportateurs canadiens que le projet pouvait intéresser est d'ailleurs sans équivoque. Les produits recherchés? Des aliments «qui véhiculent une image canadienne originale et qui s'appuient sur la connotation de naturalité du Canada dans l'esprit des Français — grands espaces vierges, eaux non polluées, forêts immenses, Grand Nord», peut-on lire.

La formule est gagnante. «L'image bucolique du Canada, c'est encore une très bonne force de marketing ici, explique M. Boghem. Et nous aurions tort de nous en passer.»

Brigitte Garelli, présidente de la Maison des confitures, une entreprise montréalaise spécialisée dans les «confitures authentiques» faites de fruits sauvages québécois, mais aussi de mandarines et de figues importées, acquiesce. Dans les prochaines semaines, ces produits haut-de-gamme trôneront dans le «coin canadien» aux côtés du traditionnel sirop d'érable Citadelle du Québec, des thés d'érable et de bleuets sauvages ontariens, des biscuits à la crème d'érable — présentés dans un bel emballage avec unifolié et Rocheuses — , des vins de glace de la vallée de Niagara et autres champignons séchés de la Colombie-Britannique. Pour ne citer qu'eux. Une occasion en or pour cette micro-entreprise montréalaise qui rêve depuis des années de percer le marché européen sans en avoir vraiment les moyens.

Et son entrée va se faire par la grande porte. En effet, Leclerc, un important distributeur alimentaire français, avec plusieurs centaines de supermarchés répartis sur le territoire, a d'ors et déjà adhéré au projet. D'autres chaînes comme Casino ou Carrefour (les Loblaws et Sobeys de la France) sont également dans la ligne de mire de l'ambassade qui, ce soir, va essayer de les convaincre lors d'une rencontre officielle organisée dans ces locaux de l'avenue Montaigne.

Car l'adhésion massive des distributeurs est vitale, estime Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui souhaite profiter des «coins canadiens» comme sonde pour évaluer la pérennité des produits canadiens sur le marché français. «Cela va nous permettre de savoir après six mois, quels sont les produits qui vont marcher ici et ceux qui ne fonctionneront pas», lance Nicole Feinberg du ministère fédéral.

Sans le Québec

L'aventure, à laquelle participent quelques producteurs québécois, va se faire toutefois sans la participation du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), son haut représentant, Maxime Arseneau, ayant découvert le «coin canadien» lors de son passage au SIAL cette semaine. Sans regret d'ailleurs.

C'est que la stratégie du Québec pour pénétrer le marché européen est loin d'être au diapason de l'approche fédérale. «Pour pénétrer le marché français, il faut éviter de tomber dans le marketing facile, a-t-il reconnu lors d'une conférence de presse intimiste tenue hier au terme d'une visite officielle des exposants canadiens présents au SIAL. La stratégie du Québec s'inscrit davantage dans la logique des produits de terroirs qui sont très en demande ici. C'est de cette spécificité dont nous devons tirer profit.» Et la politique sur la transformation alimentaire, lancée plus tôt cette année, qui comprend la création prochaine de deux nouvelles appellations (produits du terroir et produits fermiers) devrait certainement l'y aider.

«Les petites entreprises du Québec ne sont pas en mesure d'alimenter, faute de volume, les grandes chaînes de distribution européennes, dit-il. Par contre, pourquoi ne pas envisager de petits magasins spécialisés, sur le modèle de la Librairie du Québec à Paris, pour faire la promotion de nos produits alimentaires? À Paris, les régions du Périgord ou de l'Alsace ont les leurs. Le Québec aussi pourrait avoir son Marché des saveurs, comme au marché Jean-Talon.» Un marché qui proposerait certainement du Pied de vent (le fromage des îles de la Madeleine) ou du Sieur Corbeau (de Mont-Laurier) à la coupe, du sirop d'érable biologique et autres pâtés de canard du lac Brôme, le tout accompagné d'images de nature infinie, de lacs et de caribous pour convaincre le public français de les acheter.