Falsification de comptes - Les fondateurs de Livent sont accusés de fraude

Toronto — La Gendarmerie royale du Canada a annoncé hier le dépôt d'accusations de fraude contre Garth Drabinsky et Myron Gottlieb, fondateurs de la maison de production torontoise Livent, ainsi que deux autres dirigeants.

Entre décembre 1989 et juin 1998, ils auraient agi illégalement avec environ 500 millions confiés par des investisseurs et créanciers en falsifiant les bilans de la société maintenant fermée. Leur présumée combine aurait consisté notamment à donner une «fausse représentation de la santé financière» de Livent.

Quatre accusés

Outre Drabinsky et Gottlieb, contre lesquels pèsent 19 chefs d'accusation, l'ancien vice-président aux finances Gordon Eckstein est visé par 18 chefs, et Robert Topol, qui fut directeur financier, par 13 accusations.

Les quatre hommes se sont d'abord rendus volontairement aux bureaux de la GRC, hier à Toronto, et ont obtenu leur remise en liberté après le dépôt des accusations. En janvier 1999, à New York, Drabinsky et Gottlieb avaient été accusés de fraude et délit d'initié par les autorités fédérales américaines. Ils ne sont pas retournés aux États-Unis depuis.

L'avocat de Gottlieb, Brian Greenspan, a indiqué que son client est «déçu d'être accusé» mais qu'il a quand même confiance d'être innocenté et d'«être traité équitablement par la justice canadienne».

Ces accusations font suite à quatre années d'enquête policière sur Livent, la maison de production et de gérance lancée en 1990 par Garth Drabinsky avec l'appui de Myron Gottlieb. La compagnie torontoise, qui fut un temps la première de son secteur en Amérique du Nord, exploitant des salles à Toronto, Vancouver, New York et Chicago, devait s'écrouler en 1998 dans une avalanche d'allégations de fraude et de poursuites en dommages.

Drabinsky, maintenant consultant auprès des Argonauts de Toronto, l'équipe de football, a rejeté les accusations, tout comme Gottlieb.

En annonçant les accusations, l'inspecteur Craig Hannaford, de la GRC, a souligné que «les gens qui fraudent le public doivent être tenus responsables de leurs actes. Nous payons tous d'une façon ou d'une autre pour la fraude en entreprise, que nous investissions directement dans une compagnie ou indirectement, par l'entremise de fonds communs de placement. Le public est perdant à cause de la valeur amoindrie des REER, des dividendes, des fonds communs, des caisses de retraite des employeurs ou autre outil d'investissement dans les valeurs mobilières transigées en Bourse», a affirmé le policier.

Par ailleurs, la procédure visant Livent et ses deux fondateurs, amorcée par la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario, s'éternise. À la suite de plusieurs reports, la CVMO doit préciser, ce vendredi, quand aura lieu la prochaine audience. En juillet 2001, l'organisme réglementaire accusait Livent d'avoir fourni des résultats financiers trompeurs pour les exercices 1996 et 1997 ainsi que pour le premier trimestre 1998.

Cette série d'accusations serait la première du genre au Canada depuis les scandales financiers ayant mené à la perte des sociétés américaines Enron et WorldCom. Garth Drabinsky est une ex-coqueluche de Broadway avec des productions comme Le Baiser de la femme-araignée. La défunte société Livent était également connue pour une brochette de pièces à succès tant à New York qu'à Toronto, comme Le Fantôme de l'opéra.