Inco et Phelps abandonnent leur projet de mariage

«Les deux sociétés ont convenu qu’il était dans le meilleur intérêt de passer à autre chose», a dit par voie de communiqué le chef de la direction d’Inco, Scott Hand.
Photo: Agence France-Presse (photo) «Les deux sociétés ont convenu qu’il était dans le meilleur intérêt de passer à autre chose», a dit par voie de communiqué le chef de la direction d’Inco, Scott Hand.

Le géant américain Phelps Dodge et la société minière torontoise Inco ont abandonné hier leur projet visant à créer un nouveau poids lourd mondial, un geste peu surprenant aux yeux des analystes qui laisse la voie libre à l'autre prétendant d'Inco, la compagnie brésilienne CVRD.

Les actionnaires d'Inco devaient se rencontrer demain pour approuver la prise de contrôle mise en avant par Phelps Dodge. Le mariage n'aura pas lieu. Conformément au contrat prénuptial, Inco devra verser à Phelps des frais de rupture de 125 millions $US et une somme supplémentaire de 350 millions $US si jamais elle accepte une offre concurrente d'ici demain.

Les dirigeants des deux compagnies ont été incapables de convaincre les actionnaires d'Inco de soumettre leurs actions à Phelps.

«Il était très clair, par le nombre de réponses que nous avons reçues, que les actionnaires d'Inco n'allaient pas appuyer la transaction avec Phelps Dodge, alors les deux compagnies ont convenu qu'il était dans le meilleur intérêt de passer à autre chose», a dit par voie de communiqué le chef de la direction d'Inco, Scott Hand.

Phelps Dodge, surtout présente dans l'industrie du cuivre, offrait environ 20 milliards pour Inco, deuxième producteur de nickel au monde en importance. Une des faiblesses de l'offre, ont souvent affirmé des analystes, venait du fait qu'elle s'appuyait sur un mélange d'actions et d'argent. L'offre rivale venant de Companhia do Vale Rio Doce (CVRD) paraît inférieure — 19,2 milliards —, mais elle est entièrement composée d'argent, un aspect que les investisseurs ont tendance à apprécier davantage.

«Après que CVRD eut déposé son offre en argent comptant [le 11 août], nous avons décidé de ne pas continuer», a dit le chef de la direction de Phelps Dodge, J. Steven Whisler. Tout comme Inco, Phelps a annulé son assemblée d'actionnaires prévue le 25 septembre.

L'abandon de Phelps n'a pas vraiment surpris le milieu de la finance. «Il était certain que Phelps et Inco n'auraient pas l'appui des actionnaires», a dit à l'agence Bloomberg l'analyste Lawrence Smith, de Blackmont Capital.

Vague de consolidation

CVRD, le plus grand producteur de minerai de fer au monde, a désormais le vent dans les voiles avec son projet visant à créer la troisième société minière mondiale. La compagnie, dont l'offre prend fin le 28 septembre, a récemment obtenu des autorités canadiennes et américaines toutes les autorisations réglementaires requises.

La multiplication des fusions et des acquisitions dans l'industrie minière s'explique par le fait que les compagnies roulent sur l'or. La demande venant des pays comme la Chine y est pour quelque chose. Par exemple, la valeur du nickel, dont on se sert pour l'acier inoxydable, a quintuplé depuis 2002. En s'associant, les sociétés espèrent maximiser les profits tout en réduisant les coûts et en se protégeant de la concurrence.

Inco compte environ 10 000 employés, dont près de la moitié travaillent à Sudbury. Au tout début, son projet était de créer un géant canadien et d'acquérir sa rivale Falconbridge. Au fil du temps, il avait même pris la forme d'un rachat des deux compagnies par Phelps. Or ce projet à trois est mort lorsque le groupe suisse Xstrata a plongé dans la mêlée pour s'emparer de Falconbridge par une prise de contrôle hostile.

À la Bourse de Toronto hier, l'action d'Inco a perdu 26 ¢ à 85,60 $.