Teck Cominco prend les grands moyens pour convaince Inco

Inco a indiqué qu’elle avait envie d’entamer des discussions avec CVRD pour voir s’il n’y avait pas moyen d’améliorer l’offre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Inco a indiqué qu’elle avait envie d’entamer des discussions avec CVRD pour voir s’il n’y avait pas moyen d’améliorer l’offre.

La bataille pour Inco repart de plus belle. Le deuxième producteur de nickel au monde, visé par trois offres d'achat, a fait l'objet d'une nouvelle surenchère hier, alors que Teck Cominco a augmenté son offre afin de convaincre les actionnaires de la société torontoise une fois pour toutes.

Teck Cominco, une compagnie de Vancouver spécialisée dans le zinc, propose désormais 20 milliards au total. Pour financer le geste, la compagnie prend les grands moyens: elle a soudainement décidé d'émettre des actions avec droit de vote de catégorie B «pour pas moins de 5,7 milliards».

Cette offre bonifiée, qui prendra fin le 30 août, a toutefois averti Teck dans un communiqué, est «la meilleure» que la compagnie soit disposée à présenter et elle est «finale». L'entreprise avait déjà affirmé, au cours des dernières semaines, qu'elle ne se laisserait pas embarquée dans une surenchère coûteuse.

Si jamais les nouvelles actions émises ne trouvaient pas preneurs à Bay Street, l'offre améliorée tomberait à l'eau. Teck fera le point aujourd'hui. Un stratège de Valeurs mobilières Desjardins a indiqué à l'agence Bloomberg que ce geste «audacieux» était «l'un des plus intelligents que j'ai vus en 20 ans de carrière».

L'annonce est survenue quelques heures après qu'Inco eut enfin livré ses impressions sur l'offre d'achat de 19,4 milliards présentée vendredi par le géant brésilien Companhia Vale do Rio Doce (CVRD). Inco a fait le pari de ne rien recommander à ses actionnaires, leur indiquant qu'elle avait envie d'entamer des discussions avec CVRD pour voir s'il n'y avait pas moyen d'améliorer l'offre.

Inco, qui a depuis deux mois l'intention de fusionner ses activités avec l'américaine Phelps Dodge, a indiqué que l'offre de CVRD ne constituait pas une «proposition supérieure». Mais puisque l'offre de CVRD ne prend fin que le 28 septembre, a dit la société torontoise, rien n'empêche que des pourparlers puissent la faire évoluer vers quelque chose de plus attrayant.

«Le conseil d'administration a autorisé la direction d'Inco à entamer ce genre de discussions et de négociations, a écrit Inco hier. L'offre de CVRD est valide jusqu'au 28 septembre. [...] Il n'est pas nécessaire pour les actionnaires d'Inco de faire quoi que ce soit pour l'instant.»

Inco s'est également servi du communiqué pour réitérer son rejet de la dernière offre de Teck. C'était toutefois avant que Teck ne relève son offre en après-midi. En fin de journée, Inco a simplement affirmé qu'elle attendrait de recevoir les documents avant de se prononcer de nouveau.

L'offre de Teck, un mélange d'argent comptant à hauteur de 80 % et d'actions à 20 %, a été relevée de 82,50 $ à 89 $. L'action d'Inco a terminé hier à 89,75 $ à la Bourse de Toronto, ce qui pourrait signifier que les investisseurs s'attendent à une nouvelle surenchère sur le titre.

Inco compte plus de 10 000 employés dans le monde, dont près de la moitié travaillent dans les entreprises de nickel à Sudbury. Son siège social se trouve à Toronto. La compagnie possède des actifs dans plusieurs pays, l'un des plus intéressants aux yeux de CVRD étant le projet de nickel Goro, en Nouvelle-Calédonie.

Prix en hausse

Le vent de consolidation qui souffle sur le secteur des matières premières s'explique par l'embellie sans précédent sur les marchés. Le prix du nickel, utilisé dans l'acier inoxydable, a pour sa part quintuplé depuis 2002. Cette situation découle en partie de la très forte demande générée par des pays comme la Chine.

Grandement intéressée par le fait que les activités d'Inco fonctionnent à faible coût, CVRD souhaite les intégrer à ses propres activités pour créer la deuxième plus grande compagnie minière du monde. Si jamais Inco décidait d'annuler son mariage avec Phelps et de convoler avec CVRD, elle devrait alors verser à Phelps des frais de rupture de 475 millions.

Situé à Phoenix, en Arizona, Phelps est le troisième producteur mondial de cuivre. Le projet de mariage avait été élaboré au début de l'été, l'objectif étant de donner à Inco le poids nécessaire pour racheter Falconbridge, après quoi Phelps aurait racheté les deux sociétés pour 40 milliards $US.

Or c'est finalement le groupe suisse Xstrata qui a remporté la bataille pour Falconbridge, aidé par le fait que son offre n'était constituée que d'argent comptant, contrairement à celle d'Inco qui était un mélange d'argent et d'actions. Cette préférence pour l'argent comptant est un réflexe commun chez les actionnaires.

Xstrata a d'ailleurs indiqué hier qu'elle détenait désormais 67,8 % de Falconbridge. Les actionnaires de Falconbridge ont jusqu'au 25 août pour lui vendre leurs actions.