Hollinger poursuit Conrad Black pour 700 millions

La poursuite de Hollinger vient s’ajouter à ce chassé-croisé de recours qui oppose le magnat déchu de la presse et ses entreprises depuis 2003.
Photo: Agence Reuters La poursuite de Hollinger vient s’ajouter à ce chassé-croisé de recours qui oppose le magnat déchu de la presse et ses entreprises depuis 2003.

Le différend juridique qui oppose Conrad Black à ses anciennes amours s'est étoffé d'une nouvelle requête hier. Hollinger emprunte à son tour la voie des tribunaux en déposant une poursuite de 700 millions contre son ancien président et principal actionnaire.

Dans sa requête déposée hier devant la Cour supérieure de l'Ontario, Hollinger réclame 500 millions de Conrad Black et de son épouse, Barbara Amiel-Black, de Ravelston Corp., et de ses anciens associés, David Radler, John Boultbee et Peter Atkinson. L'entreprise qui était anciennement contrôlée et dirigée par Conrad Black accuse les intimés d'inexécution de contrat, de complot, de manquement au devoir de fiduciaire, d'enrichissement indu et d'intervention illicite. Elle réclame, de plus, une somme de 200 millions en dommages et intérêts.

C'est par le biais de sa compagnie privée d'investissement Ravelston — qui se retrouve présentement sous séquestre — que Conrad Black détenait la majorité des actions de Hollinger. Cette dernière, de son côté, a pour principal actif 17,4 % des actions (et 66,8 % des droits de vote) de Hollinger International, une entreprise américaine de presse qui ne retient plus, désormais, que le Chicago Sun-Times.

Du même souffle, Hollinger, dirigée par un nouveau conseil d'administration, a aussi déposé une poursuite contre Hollinger International, demandant compensation, dommages et intérêts exemplaires devant être éventuellement fixés par la cour.

Cette poursuite vient s'ajouter à ce chassé-croisé de recours qui oppose le magnat déchu de la presse et ses entreprises depuis 2003. Le tout a pour toile de fond les conclusions du rapport d'enquête du comité spécial mandaté par le conseil d'administration de Hollinger International qui, à la fin d'août 2004, alléguait que le couple Black avait détourné, pendant sept ans, quelque 400 millions $US afin, essentiellement, de satisfaire leurs besoins aussi somptuaires que personnels. Les allégations de détournement de fonds et de complicité, qui visaient également les proches associés de M. Black, ont été suivies du dépôt d'une poursuite de 542 millions $US par Hollinger International.

Parlant de «pillage» érigé en système, le contenu des 525 pages que compose le rapport d'enquête a été vivement contesté par les parties visées. Conrad Black et ses anciens associés avaient répliqué sept mois plus tard avec une réponse de quelque 2000 pages dans laquelle ils rejetaient les accusations de malversation. Conrad Black a accompagné sa riposte d'une contre-réclamation.

Ce rapport, qui a servi à alimenter les recours au civil, a été renforcé par les conclusions d'une enquête menée par le FBI et qui a permis le dépôt d'accusations au criminel aux États-Unis. Le 17 novembre 2005, Conrad Black devait répondre de huit chefs d'accusation pour fraude. En décembre de la même année, le procureur fédéral de l'Illinois ajoutait quatre nouveaux chefs d'accusation, pour fraude électronique, blanchiment d'argent, entrave à la justice et racket.

Il est estimé qu'au total, si tous les chefs étaient retenus contre lui, Conrad Black pourrait être passible d'une peine d'emprisonnement de 95 ans.

Avec la Presse canadienne