Kenneth Lay meurt sans connaître sa peine

Kenneth Lay, figure emblématique du scandale du groupe de courtage en énergie Enron, s’est éteint hier à l’âge de 64 ans. Le médecin légiste a déclaré que l’autopsie n’avait pas révélé «de preuve d’action criminelle».
Photo: Agence France-Presse (photo) Kenneth Lay, figure emblématique du scandale du groupe de courtage en énergie Enron, s’est éteint hier à l’âge de 64 ans. Le médecin légiste a déclaré que l’autopsie n’avait pas révélé «de preuve d’action criminelle».

Washington — Kenneth Lay, l'ancien dirigeant du groupe de courtage en énergie Enron reconnu coupable pour la faillite retentissante du groupe en 2001, est décédé hier matin à l'âge de 64 ans, selon un communiqué de la police locale dans le Colorado.

«Ken Lay a été transporté à l'hôpital d'Aspen Valley où sa mort a été prononcée à 3h11» hier, selon ce communiqué. Une autopsie a révélé que M. Lay souffrait de troubles coronaires et qu'il n'y a «pas de preuve d'action criminelle», a indiqué Robert Kurtzman, médecin légiste du comté de Mesa au cours d'une conférence de presse.

La famille de Kenneth Lay avait un peu plus tôt diffusé un communiqué confirmant son décès et fait savoir qu'«aucun autre détail pour le moment» ne serait donné «par respect» pour l'ensemble de la famille.

Plusieurs chaînes de télévision américaines ont indiqué que M. Lay était décédé d'une crise cardiaque dans sa maison de famille à Aspen. Cette information a également été rapportée par le journal local Houston Chronicle citant Steve Wende, pasteur de l'église méthodiste de Houston. «Lui [Ken Lay] et son épouse, Linda, séjournaient dans le Colorado pour la semaine et sa mort est totalement inattendue. Apparemment, son coeur a simplement lâché», a indiqué le pasteur Wende.

Selon plusieurs observateurs, le décès brutal de M. Lay n'est toutefois pas une surprise, l'homme ayant vu sa santé se détériorer pendant les semaines du procès Enron. Kenneth Lay avait été reconnu coupable le 25 mai pour sa responsabilité dans la faillite du groupe en 2001. La peine infligée aurait dû être prononcée le 23 octobre. Il risquait jusqu'à 165 ans de prison.

Au côté de Jeffrey Skilling, l'autre ancien dirigeant d'Enron également jugé, il avait été reconnu coupable pour la faillite d'Enron, devenue symbolique de la corruption et des excès dans le monde de l'entreprise américain. M. Skilling, 52 ans, risque jusqu'à 185 années de prison.

Enron, dont la capitalisation boursière atteignait à son apogée 100 milliards de dollars, s'était effondré en quelques semaines après la découverte de malversations dans la comptabilité du groupe. Sa faillite en décembre 2001 avait ruiné des milliers d'actionnaires et d'employés qui avaient investi dans les actions du groupe.

Kenneth Lay et Jeffrey Skilling avaient affirmé pour leur défense qu'ils n'étaient pas au courant des montages financiers du directeur financier Andrew Fastow qui avait créé des sociétés parallèles pour masquer les pertes du groupe.

Né le 15 avril 1942 dans un milieu très pauvre, Ken Lay était devenu l'un des personnages de la vie mondaine de Houston grâce à son succès à la tête d'Enron. Proche du président américain George W. Bush, il avait contribué généreusement à ses campagnes électorales pour le poste de gouverneur du Texas en 1993 puis de président des États-Unis en 2000.

Il avait vendu entre 1989 et octobre 2001 pour plus de 300 millions de dollars de ses titres Enron tout en encourageant les employés du groupe de continuer à en acheter, affichant sa confiance dans l'avenir du groupe.