L'homme qui incarnait le scandale Enron

Washington — L'homme d'affaires Ken Lay avait tutoyé les plus grands avant d'incarner la face noire du capitalisme américain.

Le 25 mai, il avait été reconnu coupable des six chefs d'accusation le visant dans le procès de la faillite du courtier en énergie Enron, qui a ruiné des milliers d'employés et d'épargnants. Il risquait jusqu'à 165 ans de prison, mais sa peine exacte devait être annoncée le 23 octobre.

Fils d'un modeste pasteur de Tyrone, Kenneth Lay, 64 ans, était fréquemment dépeint comme un homme de terrain, excellent tribun, doté d'un sens du contact remarquable.

Il avait entamé sa carrière au sein du groupe Humble Oil, devenu plus tard Exxon, comme économiste à sa sortie de l'université du Missouri en 1965.

Il avait également servi dans la marine américaine de 1967 à 1971, sans jamais être affecté hors du territoire américain, avant de devenir l'assistant de Pinkney Walker, membre de la commission fédérale de régulation de l'énergie, basée à Washington, où il avait commencé à développer de solides relations politiques.

De retour au Texas en 1981 pour travailler dans le secteur pétrolier, il avait été à l'initiative en 1986 de la fusion entre Houston Natural Gas, dont il était le p.-d.g. depuis deux ans, et InterNorth, groupe situé à Omaha, opération qui donnera naissance à Enron.

Développant une approche agressive, favorisant la créativité, Kenneth Lay permet à Enron de devenir le premier courtier en énergie du monde. Chantre de la dérégulation, il tire profit de la politique de libéralisation menée par les présidents Ronald Reagan et George Bush père.

Il devient alors le personnage le plus influent de Houston, dont il envisageait de devenir maire quelques mois avant le dépôt de bilan d'Enron, en décembre 2001. Il mène grand train, avec un budget personnel annuel allant jusqu'à 22 millions de dollars, et se constitue une fortune personnelle, évaluée à 52 millions de dollars en 2001.

Proche de la famille Bush, il cultive un vaste réseau de relations politiques. Il soutient généreusement les campagnes au poste de gouverneur du Texas puis de président des États-Unis de George W. Bush, qui le surnommait «Kenny Boy» avant de prendre ses distances à la suite de la faillite d'Enron.

Considéré comme un meneur d'hommes, admiré par la plupart des employés d'Enron jusqu'à l'annonce du scandale, Ken Lay avait tenté en vain de convaincre les jurés au procès Enron qu'il s'était désintéressé de la gestion du groupe au quotidien après avoir cédé le poste de p.-d.g. à Jeffrey Skilling, son co-accusé menacé de 185 ans de prison.

Il s'était dit la victime des mensonges de ses comptables, et en particulier du directeur financier Andrew Fastow, venu témoigner contre lui.

Enron avait sombré dans la faillite en décembre 2001 alors que Kenneth Lay était revenu le diriger en août précédent, après la démission surprise de Skilling.

Jusqu'au dernier moment, M. Lay avait affirmé aux investisseurs et aux employés du groupe — dont la capitalisation boursière a atteint à son apogée 100 milliards de dollars — que celui-ci était en bonne santé financière, alors que lui-même vendait une partie de ses titres.