Rapport de l'OCDE et de la FAO - Agriculture: le Sud prend du poids

Les pays en voie de développement occuperont de plus en plus de place sur les marchés agricoles mondiaux au cours des dix prochaines années.

La montée en force des économies émergentes comme la Chine, le Brésil et l'Inde, ainsi que les faibles coûts de main-d'oeuvre des pays du Sud leur permettront d'augmenter leurs exportations à l'étranger, prédisent l'OCDE et la FAO. Leur forte croissance démographique, le vieillissement de la population, la flambée des cours de l'énergie, les épidémies et le protectionnisme devraient cependant venir compliquer les choses.

«Les pays en voie de développement pèsent de plus en plus lourd dans l'expansion des marchés agricoles mondiaux», constatent l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans leurs Perspectives agricoles 2006-2015 dévoilées hier. Cette tendance, ajoute-t-on, devrait s'accélérer à mesure que les investissements dans de nouvelles capacités de production se déplaceront des pays développés vers le monde en développement afin de profiter de leurs plus faibles coûts de production. Cela aura pour effet «d'intensifier la concurrence entre les exportateurs à l'échelle mondiale».

La part des pays membres de l'OCDE dans la production mondiale d'oléagineux devrait ainsi chuter de 42 % à 36 % dans les dix prochaines années. Elle suivra la même courbe dans le secteur de la viande bovine (41 % à 36 %), de la volaille (45 % à 42 %), du lait (47 % à 43 %) ou encore du sucre (29 % à 21 %).

Ce phénomène se produira alors que la production agricole mondiale poursuivra, à un rythme plus faible, sa croissance des dix dernières années attribuable à la croissance de la population mondiale, mais aussi à une augmentation de la consommation alimentaire par habitant se produisant à la faveur d'un accroissement des revenus et de l'essor des échanges.

Cette hausse des revenus dans certains pays du Sud, alliée à l'urbanisation croissante des populations, ne manquera pas d'amener des changements. «De façon générale, dit-on, la hausse des revenus et l'urbanisation croissante modifient les habitudes alimentaires dans les pays en développement et font progresser la demande et les importations de viande et de produits transformés, mais aussi d'aliments du bétail nécessaire à la production animale.»

Trop de bouches à nourrir

Tous les pays en voie de développement ne connaîtront pas le même succès que le Brésil, l'Ukraine ou l'Argentine. La croissance démographique et le phénomène d'urbanisation peuvent être si forts, dans les pays les plus pauvres, que les producteurs locaux n'arriveront pas à répondre aux besoins de leurs propres populations. On risque alors de s'y retrouver «de plus en plus dépendants des marchés mondiaux pour assurer sa sécurité alimentaire et, par conséquent, plus sensibles aux fluctuations des prix du marché international», observent l'OCDE et la FAO. Il importera, dans ces cas, d'y intensifier les investissements dans l'éducation, la formation et le développement des infrastructures afin d'améliorer la productivité.

Comme l'ont montré les pays développés, l'augmentation de la population urbaine a également pour effet d'augmenter la consommation de produits transformés et d'aliments prêts à l'emploi.

Ces produits ont l'avantage d'avoir une valeur ajoutée beaucoup plus grande que les produits de base et représentent, à ce titre, une occasion en or pour les pays en voie de développement de tirer un meilleur profit du commerce international. Ces produits sont malheureusement aussi la cible, dans les pays riches, des barrières tarifaires les plus élevées ainsi que de restrictions à l'importation extrêmement sévères, appliquées officiellement pour des raisons sanitaires mais jouant souvent le rôle de deuxième système de défense contre les importations étrangères.

La libéralisation des échanges et l'établissement de relations commerciales plus équitables aideraient à ce que tout le monde trouve son compte, disent l'OCDE et la FAO. Les difficultés extrêmes que traverse présentement le cycle de négociations de Doha à l'Organisation mondiale du commerce montrent que ce ne sera pas une tâche facile.

Les nouveaux géants

Le vieillissement de la population pose également un grand défi. Du côté des consommateurs, il amène une baisse de la demande de produits alimentaires et un changement en faveur des fruits et légumes au détriment de la viande. Dans les populations rurales, il provoque une réduction de la production et une précarisation des communautés.

La lutte contre la pollution ainsi que la flambée des prix de l'énergie semblent vouloir être relativement favorables au secteur agricole, notamment parce qu'il encourage la production de bioénergie. Chaque nouvel épisode de maladie de la vache folle, de grippe aviaire ou de toute autre menace d'épidémie retardera, quant à elle, l'établissement d'échanges commerciaux stables. Le réchauffement de la planète et le dérangement des conditions climatiques feront également partie des incertitudes avec lesquelles il faudra composer dans les prochaines années, tout comme les variations des cycles économiques.

Bien que les États-Unis, l'Europe ou le Canada demeureront encore longtemps de grandes puissances dans le secteur, concluent l'OCDE et la FAO, il faudra surtout compter désormais sur le fait que «les perspectives des marchés agricoles mondiaux dépendent, dans une très large mesure, de l'évolution de la situation économique au Brésil, en Chine et en Inde, trois géants agricoles mondiaux».