Le Fonds FTQ connaît une année remarquable

Le Fonds de solidarité FTQ a connu dans l'exercice terminé le 31 mai dernier l'une de ses meilleures années depuis sa création en 1983. Son bénéfice net fut de 366 millions, en hausse de 91 millions. Le rendement net a atteint 6 % en comparaison de 5 % l'année précédente. Les émissions d'actions ont rapporté 614 millions et le titre a poursuivi sa remontée avec une valeur aujourd'hui de 23,74 $, en hausse de 67 ¢ depuis novembre dernier et de 1,33 $ depuis 12 mois.

«Je suis assez chanceux. Les résultats sont bons et plusieurs sont des records», a déclaré le président-directeur général, Yvon Bolduc, qui est à la barre du Fonds depuis février 2006. À son avis, quand on compare le rendement moyen de 7,2 % des fonds équilibrés qui n'ont pas les contraintes imposées au Fonds FTQ, on peut parler alors d'une année exceptionnelle. «Nous avons accompli notre mission de façon remarquable», ajoute-t-il. L'actif net a augmenté de 600 millions pour atteindre 6,6 milliards, une croissance attribuable aux investissements des actionnaires et à un meilleur contrôle des charges d'exploitation, ramenées à 1,7 % de l'actif moyen.

Il reste néanmoins du boulot à accomplir pour ramener la valeur de l'action à son sommet de 24,98 $ en 2001, avant que le Fonds ne connaisse deux dures années déficitaires avec des pertes respectives en 2002 et en 2003 de 551 et 325 millions. Selon M. Bolduc, des prévisions conservatrices permettent de croire que le sommet de 2001 aura été rattrapé dans deux ans. Encore là, le p.-d.g. fait valoir qu'en se comparant, on se console. L'indice du Nasdaq est à 45 % de son sommet, celui du Standard & Poor's, à 82 %, alors que celui du Fonds est à 95 %.

Un autre rattrapage doit être effectué en ce qui concerne la règle imposée par le gouvernement au Fonds d'investir 60 % de l'actif moyen de l'année précédente. Le Fonds en est présentement à 54 %.

La loi lui impose une pénalité, c'est-à-dire un plafond de 75 % sur le montant forfaitaire admissible pour l'acquisition d'actions du Fonds. Pour l'année en cours, ce montant forfaitaire est d'environ 150 millions. Une majorité des sommes investies dans le Fonds le sont toutefois de façon systématique, c'est-à-dire sous forme de retenue planifiée sur la paie; cette façon d'acquérir des actions du Fonds n'est pas soumise à la pénalité. En somme, cette année les émission totales d'actions devraient être de l'ordre de 555 millions. Les investisseurs qui s'en tiennent à la formule forfaitaire devront donc, encore cette année, annoncer tôt leur décision d'achat.

Dans l'exercice terminé en mai, le Fonds a investi 643 millions dans 181 entreprises québécoises et, pour la première fois, dans 88 d'entre elles. Depuis 2003, le Fonds a raffiné son démarchage en confiant à une quinzaine d'équipes de trois ou quatre personnes une surveillance systématique de deux ou trois créneaux spécifiques. Cela peut expliquer en partie l'amélioration des rendements dans pratiquement tous les domaines, soit 8,9 % dans les investissements, 7,1 % dans les placements. Les titres cotés en capital de risque et en placements ont donné un rendement de 21 %, alors que les titres privés ont donné 5,2 %. Il y a eu des investissements très importants, par exemple celui de 100 millions sous forme de débentures dans Metro.

M. Bolduc ne s'attend pas à ce que le présent exercice financier présente des résultats aussi spectaculaires, mais il assure que le Fonds va maintenir une gestion disciplinée et patiente. Parmi les investissements à venir, il y a celui d'une participation minoritaire dans la Maison des futailles avec Kruger, dont l'offre a été retenue par la SAQ, comme actionnaire majoritaire. La transaction est en voie d'être conclue. Le Fonds examine le projet du Massif dans Charlevoix et considère avec la SGF un projet de consolidation dans le secteur forestier. Le Fonds réserve 40 millions pour les projets de relève dans les entreprises, un défi important avec le vieillissement des baby-boomers.

Ce phénomène démographique n'inquiète pas particulièrement les dirigeants du Fonds, en ce qui concerne le nombre grandissant d'actionnaires qui prendront leur retraite. M. Bolduc prévoit que la croissance de l'actif va se poursuivre pour les 10 prochaines années. Le Fonds n'a pas de dettes, il a d'importantes liquidités, dont trois milliards sous forme d'obligations, dans lequel d'ailleurs il ne prévoit pas devoir puiser pour compenser les sorties de fonds. Il compte présentement 573 000 actionnaires, dont l'âge moyen est de 47 ans. Il a des intérêts dans 2200 entreprises, dont directement dans 350 d'entre elles et indirectement dans les autres par le biais de fonds spécialisés.