Alcan: les rumeurs de rachat inquiètent Bachand

Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, en compagnie de Karen Radford, la présidente de Telus Québec. L’entreprise mettra sur pied un centre d’appels pour ses services aux entreprises.
Photo: Jacques Nadeau Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, en compagnie de Karen Radford, la présidente de Telus Québec. L’entreprise mettra sur pied un centre d’appels pour ses services aux entreprises.

Alcan a beau avoir minimisé les rumeurs évoquant son rachat par une compagnie étrangère, celles-ci préoccupent néanmoins le gouvernement du Québec, qui verrait d'un «autre oeil» sa relation avec le deuxième producteur mondial d'aluminium si jamais Montréal perdait ce siège social.

«Il y a toujours une inquiétude, car Alcan est un siège social et une place d'affaires de grande importance, a affirmé hier le ministre du Développement économique, Raymond Bachand. S'il y avait une offre d'achat hostile provoquant une délocalisation du siège social, ça forcerait le gouvernement à réévaluer pour l'avenir l'ensemble des relations d'affaires entre lui-même, Hydro-Québec et Alcan, en respectant bien sûr toutes les ententes existantes.»

M. Bachand s'exprimait en marge d'une conférence de presse de Telus pour annoncer la mise sur pied d'un centre d'appels pour ses services aux entreprises. Il devrait se créer un total de 150 emplois à Montréal d'ici la mi-2007. Si le ministre y était, c'est parce que Québec a allongé un crédit d'impôt.

Les ententes sont multiples. Alcan détient des droits hydrauliques en vertu desquels la compagnie loue des terrains auprès de Québec pour pouvoir produire son électricité. Sur la rivière Péribonka, par exemple, elle exploite trois barrages en vertu d'un bail de location venant à échéance en 2033 et renouvelable jusqu'en 2058. La compagnie a aussi une entente d'achat d'électricité avec Hydro-Québec qui se termine en 2023. En périphérie de ces contrats, il en existe d'autres de nature plus technique.

«Quand viendra le temps de renouveler des ententes, s'il n'y a pas de siège social ou de place d'affaires au Québec, on regarderait ça d'un autre oeil [...] qui ne serait pas aussi favorable», a dit le ministre Bachand.

Alcan compte 65 000 employés dans le monde, dont 8000 au Québec. De ce nombre, entre 500 et 600 se trouvent au siège social à Montréal. Il ne faut pas se surprendre des propos du ministre, a dit Alcan. «La compagnie est bien ancrée ici et a contribué à la vitalité économique et sociale du Québec, notamment au Saguenay», a affirmé la porte-parole, Anik Michaud.

Les rumeurs à propos d'un éventuel rachat d'Alcan mettent en vedette les géants miniers anglo-australiens BHP Billiton et Rio Tinto. Le chef de la direction d'Alcan, Richard Evans, a indiqué en juin que la compagnie «est au courant des rumeurs» et que celles-ci n'ont rien de nouveau. «Notre entreprise pose les bons gestes, a-t-il toutefois indiqué, selon les propos rapportés par le Globe and Mail. Nous n'avons pas besoin d'un partenaire.»

Gonflé à bloc par la hausse des prix et la demande, le secteur des matières premières traverse une vague de consolidation à l'échelle mondiale. Au Canada, par exemple, le spécialiste du nickel Inco a récemment uni son destin à celui de Falconbridge et du groupe américain Phelps Dodge.

Telus embauche

L'investissement de 3,5 millions annoncé hier par Telus — auquel se greffe un crédit d'impôt — devrait permettre d'embaucher d'ici la mi-2007 un total de 150 personnes, a dit la compagnie. Déjà, 80 d'entre eux sont au travail et s'ajoutent à un effectif québécois qui se chiffre à 2000 employés.

À l'origine, la compagnie souhaitait établir le centre dans l'Ouest canadien, a dit la présidente de Telus Québec, Karen Radford. «Mais la contribution d'Investissement Québec nous a incités à le faire à Montréal.»

La mesure fiscale est celle des «grands projets créateurs d'emplois» et vise le secteur des technologies de l'information. Elle donne droit à un crédit d'impôt égal à 25 % des salaires admissibles, jusqu'à concurrence de 60 000 $ par employé. L'entreprise a l'obligation de créer au moins 150 emplois.