Négociations de l'OMC - Les producteurs agricoles du Québec s'interrogent sur l'avenir des discussions

De retour de la conférence ministérielle de l'OMC qui s'est terminée en queue de poisson, à Genève, la délégation de producteurs agricoles du Québec se demande s'il sera possible de marquer des progrès réels dans le contexte actuel.

Une quarantaine de ministres du Commerce de pays membres de l'Organisation mondiale du commerce se sont réunis, le week-end dernier, pour tenter de faire progresser les négociations sur les échanges internationaux en matière agricole, plus particulièrement l'accès aux marchés.

La délégation québécoise, dont faisait partie le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec Marcel Groleau, est maintenant de retour au bercail.

Comme bien d'autres, M. Groleau a constaté une stagnation dans ces discussions et s'interroge sur leur avenir, devant l'attitude des États-Unis et de pays européens.

«Cette négociation-là, dès le départ, elle est fausse, parce qu'on a toujours tenté de la justifier par l'ouverture des marchés, en disant que ça allait entraîner une amélioration des prix mondiaux, améliorer le sort des producteurs et améliorer le sort des pays en voie de développement, en leur donnant accès aux marchés les plus lucratifs. Or, tout ça c'est faux. Et c'est sans doute pour ça que la négociation stagne et ne débloque pas», a-t-il commenté en entrevue hier.

Protectionnisme

M. Groleau attribue ce blocage au protectionnisme, dans les actions, malgré l'ouverture dans le discours. «Dans leur comportement, les Américains et les Européens, tout est axé sur la protection de leurs marchés. Nécessairement, on frappe un mur», a-t-il déclaré.

Il a cité l'exemple des États-Unis, dont les productions agricoles sont subventionnées «et elles vont continuer de l'être», quoi qu'ils en disent et malgré les minces concessions qu'ils se disent prêts à faire.

Dans ce contexte, il est difficile de croire à un accès plus équitable aux marchés qui allégerait les pressions sur les producteurs agricoles. M. Groleau ne se dit optimiste à ce sujet que dans la mesure où ces négociations seront relancées sur de nouvelles bases, plus adaptées à la réalité.

Optimiste? «Non, pas si on continue de penser que le commerce international agricole va être l'outil pour gérer les prix à la ferme; non, je ne suis pas optimiste. Ça ne sera pas possible pour le Canada de "compétitionner" là-dedans, puis de survivre dans ce monde-là», juge le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

«Par contre, si on relance les négociations sur des bases ou des fondements de souveraineté alimentaire, pour assurer que les pays puissent avoir des politiques agricoles de souveraineté alimentaire, en autant qu'ils n'interviennent pas dans le commerce mondial, oui je suis optimiste», s'empresse-t-il d'ajouter.

À l'issue de cette conférence, le directeur général de l'OMC, M. Pierre Lamy, a été mandaté pour rencontrer les principaux pays, afin de voir s'il était possible de trouver des points de convergence suffisants pour que la négociation se poursuive.