De l'effet du foot sur l'économie

En tant que pays hôte, l’Allemagne va tirer parti de cette Coupe du monde. Les performances de l’équipe allemande se traduisent même dans les indices de confiance des Allemands, à l’image de l’indice Ifo, qui mesure le moral des entrepreneurs
Photo: Agence Reuters En tant que pays hôte, l’Allemagne va tirer parti de cette Coupe du monde. Les performances de l’équipe allemande se traduisent même dans les indices de confiance des Allemands, à l’image de l’indice Ifo, qui mesure le moral des entrepreneurs

Le football est-il soluble dans l'économie, et inversement? À la faveur du Mondial, la question agite économistes et analystes financiers, qui examinent les liens entre le football, l'économie et la Bourse. Tous soulignent que l'exercice est en bonne partie sérieux, car l'impact psychologique d'un succès ou d'une défaite sur un pays est démontré, mais, comme le reconnaissent les experts de la banque Goldman Sachs, il s'agit aussi de «s'amuser un peu».

La première question qui vient à l'esprit de ces spécialistes est de savoir si le résultat des matchs du Mondial peut avoir un impact sur la vie économique. Première certitude, l'Allemagne va tirer parti de cette Coupe du monde, puisqu'elle l'organise. Un élément qui est renforcé par les performances de l'équipe allemande. D'où un élan national qui se traduit dans les indices de confiance des Allemands, à l'image de l'indice Ifo, qui mesure le moral des entrepreneurs allemands, et a atteint en juin son plus haut niveau depuis février 1991, période de boom qui a suivi la réunification allemande. Même s'il faut reconnaître que la politique de taux des États-Unis, l'euro fort et les bonnes statistiques industrielles sont pour beaucoup dans l'embellie sur la Bourse de Francfort, peut-être plus que les buts marqués par l'Allemand Miroslav Klose.

Pour ce qui est de l'ensemble des pays participants, dont la France, les analystes de la banque néerlandaise ABN-AMRO soulignent, dans une étude baptisée Soccernomics 2006, que «sans être à ce point puissants qu'ils puissent transformer une récession en boom économique, les effets macroéconomiques et boursiers d'une victoire en finale de Coupe du monde ne doivent pas être sous-estimés». Et de noter que, de 1970 à 2002, le pays vainqueur a enregistré en moyenne un surplus de croissance de 0,7 %, tandis que le finaliste voyait sa croissance rognée de 0,3 % par rapport au taux de l'année précédente. Mais là encore cette observation souffre de deux exceptions, en 1974 et 1978, années où avaient été repectivement couronnées l'Allemagne et l'Argentine.

Prenant la question par l'autre bout, les têtes pensantes de la banque néerlandaise affirment que les performances d'une équipe nationale peuvent varier selon la santé économique du pays. Ils prennent pour exemple l'Argentine depuis 1987, dont chaque crise a été suivie de scores décevants de son équipe, et dont le redressement est suivi de bons résultats. D'où l'avertissement des analystes aux adversaires de l'Argentine: depuis trois ans, la croissance économique annuelle du pays est d'environ 9 %...

Une défaite = - 0,49 % à la Bourse

Du côté de la Bourse, une étude menée par des universitaires du Massachusetts Institute of Technology, de l'université de Dartmouth (États-Unis) et de l'École de management de Norvège montre que seules les défaites ont un impact sur les cours de Bourse, les victoires ne se traduisant pas toujours par une hausse. Selon cette étude, un échec fait perdre en moyenne au marché 0,38 % au premier tour de la Coupe du monde, lorsqu'une défaite n'est pas toujours synonyme d'élimination, et 0,49 % lors des matchs à élimination directe.

Pour éviter les incertitudes de la recherche de corrélations entre football et économie et les pièges des pronostics, les analystes préfèrent établir ce qui est souhaitable pour l'économie. Les experts d'ABN-AMRO ont ainsi tracé le profil de leur équipe «chouchoute», c'est-à-dire celle dont la victoire en finale aurait le plus d'impact sur l'économie mondiale.

Premier critère de sélection: ce doit être une nation européenne, car cela aurait non seulement un impact sur les autres pays européens, mais cela permettrait aussi aux États-Unis de réduire leurs déficits et aux pays d'Asie, déjà en pleine croissance, d'exporter et d'investir plus sur le Vieux Continent. Deuxième critère: ce pays européen doit peser sur la scène mondiale, pour avoir un effet d'entraînement économique. Ce qui écarte l'Ukraine ou le Portugal.

Enfin, il faut que cette victoire profite à un pays qui en a besoin, et ne vienne pas soutenir des nations déjà en forme comme l'Angleterre. Ne restent en lice que l'Allemagne, l'Italie et la France. Cette dernière s'en sort le mieux des trois, selon les experts d'ABN-AMRO, qui appellent donc de leurs voeux une victoire des Azzurris, puisque l'Allemagne bénéfice déjà de son statut de pays hôte, et que son secteur industriel est plus compétitif. De plus, une victoire italienne faciliterait les réformes du gouvernement Prodi.

Mais, au final, les experts d'ABN-AMRO reconnaissent que la vérité se situe plutôt du côté des cotes fixées par les preneurs aux livres.