Négociations sur l'agriculture - L'OMC au bord de la crise

«Si nous ne changeons pas de cap radicalement dans les prochaines heures ou les prochains jours, nous serons franchement face à une crise», a averti Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, en dénonçant «l’apparente incapacité» des dél
Photo: Agence Reuters «Si nous ne changeons pas de cap radicalement dans les prochaines heures ou les prochains jours, nous serons franchement face à une crise», a averti Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, en dénonçant «l’apparente incapacité» des dél

Genève — Les 149 pays membres de l'OMC se rapprochaient d'une crise hier soir, face à l'impasse dans les discussions sur un nouvel ordre commercial mondial, qui visent à arracher à l'Europe et aux États-Unis davantage d'efforts dans leurs politiques agricoles.

Après deux journées de discussions, les six principaux acteurs de la négociation (Australie, Brésil, États-Unis, Inde, Japon, UE) devaient à nouveau se revoir dans la nuit d'hier à aujourd'hui, tandis que le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, devait enchaîner les consultations nocturnes.

«Si nous ne changeons pas de cap radicalement dans les prochaines heures ou les prochains jours, nous serons franchement face à une crise», a averti M. Lamy, en dénonçant «l'apparente incapacité» des délégations à négocier véritablement pour conclure le cycle de Doha, lancé en 2001 dans la capitale du Qatar. «Nous risquons le crash», a ajouté le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson.

«Même en chaussant des lunettes roses, j'ai des difficultés à discerner le moindre progrès à ce stade», a renchéri le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, pour qui l'OMC «approche de la crise à grands pas». Mais «parfois une crise est nécessaire pour parvenir à un accord, ce ne serait pas la première fois», a-t-il nuancé.

Pascal Lamy a vertement reproché aux négociateurs de ne pas avoir mis suffisamment de cartes sur la table et s'est prononcé contre un nouveau report des discussions à la fin juillet, évoqué par certains pays membres.

De son côté, M. Mandelson a assuré que l'Union européenne était disposée à s'approcher «le plus près possible» des exigences des pays émergents, qui réclament une réduction de moitié des droits de douane appliqués par les pays riches à leurs importations agricoles.

Les parties bataillent toujours pour trouver un terrain d'entente sur le niveau de réduction des droits de douane agricoles européens et des subventions aux agriculteurs américains, exigée par les pays du Sud. En retour, ces derniers se voient demander d'ouvrir davantage leurs marchés aux produits industriels et aux services des pays riches.

Des concessions délicates à consentir tant pour l'UE et les États-Unis, qui veulent ménager leurs agriculteurs à l'approche d'échéances électorales importantes, que pour l'Inde ou le Brésil, soucieux de préserver leurs industries en plein essor.

Fidèles à leur stratégie très offensive, ces grandes économies émergentes ont à nouveau tancé les pays riches hier.

«Le cycle de négociations ne doit pas servir à sauver les économies des pays développés», a lancé le ministre indien du Commerce, Kamal Nath. Déterminé, il a menacé de reprendre l'avion dès aujourd'hui si les pourparlers ne progressaient pas.

Celso Amorim, autre ténor des négociations, a appelé les États-Unis à réduire davantage les sommes versées à leurs agriculteurs, saluant en revanche l'attitude de l'UE.

Les Américains, sur la sellette ces derniers jours en raison de leur refus de toute concession, ont assuré de leur bonne volonté... sous conditions.

«Nous n'avons jamais dit que notre offre» de réduire de moitié les subventions aux agriculteurs «était à prendre ou à laisser» mais «qu'elle dépendait des concessions accordées par les autres», a répété le secrétaire américain à l'Agriculture Mike Johanns.