Les actionnaires d'Arcelor repoussent Severstal

Les actionnaires ont voté à hauteur de 57,9 % du capital d’Arcelor contre l’alliance avec Severstal.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les actionnaires ont voté à hauteur de 57,9 % du capital d’Arcelor contre l’alliance avec Severstal.

Luxembourg — Les actionnaires du géant européen de l'acier Arcelor ont levé hier l'obstacle à la fusion de leur groupe avec Mittal en repoussant le projet concurrent de mariage avec le russe Severstal, soutenu au départ par la direction mais dont ils n'avaient jamais voulu.

Réunis en assemblée générale extraordinaire à Luxembourg, ils ont voté à hauteur de 57,9 % du capital d'Arcelor contre l'alliance avec Severstal.

Les actionnaires représentant «plus de 50 % [du capital] s'étant prononcés contre l'opération Severstal, le conseil d'administration procédera à la résiliation du contrat avec [Alexeï] Mordachov», p.-d.g. du groupe russe, a déclaré le président du conseil d'administration d'Arcelor Joseph Kinsch.

Une indemnité de 140 millions d'euros pour rupture des bans de mariage sera versée à Severstal, a confirmé M. Kinsch. «Ce sont seulement les actionnaires qui ont décidé et pas le conseil d'administration», a-t-il dit.

Les fiançailles russo-européennes Severstal-Arcelor avaient été annoncées le 26 mai pour faire échec à l'offre publique d'achat (OPA), à l'époque hostile, de Mittal Steel. Severstal aurait dû prendre 32 % d'Arcelor. Mais des actionnaires d'Arcelor — dont le financier franco-polonais Romain Zaleski (7,8 %) et des fonds d'investissement — étaient décidés à faire échec à ce rapprochement.

Sous pression, le conseil d'administration d'Arcelor a finalement fait volte-face dimanche en recommandant une offre améliorée de Mittal, après cinq mois de combat.

«Le projet Severstal représentait le meilleur projet industriel pour notre groupe [...] Le projet a beaucoup été critiqué par le marché et par certains de nos actionnaires [...] Le marché a mal réagi», a expliqué M. Kinsch devant ses actionnaires, reconnaissant qu'Arcelor avait «sans doute sous-estimé la réaction des marchés».

Ce projet avec Severstal n'a «pas été sorti du chapeau, mais était dans les cartons depuis un moment», et un projet d'alliance «avait failli aboutir il y a deux ans», s'est-il justifié. Severstal et Arcelor sont partenaires industriels depuis une dizaine d'années.

M. Kinsch a ajouté qu'un rapprochement à trois entre son groupe, Mittal et Severstal était sur le principe «tout à fait réalisable», mais qu'un «mariage simultané présenterait des risques très importants d'exécution».

Chahuté par des actionnaires, M. Kinsch a également répété que l'alliance entre Arcelor et son ex-rival Mittal constituait un «mariage de raison qui je l'espère va durer». Il a reconnu que la «valeur» proposée par Mittal, contrôlé par l'Indien Lakshmi Mittal, était «supérieure pour les actionnaires».

Le numéro un mondial de l'acier a relevé son offre dimanche à 40,4 euros par action Arcelor, valorisant le groupe européen à 25,4 milliards d'euros. Il a ainsi fait plier les dirigeants d'Arcelor. «Le plus dur reste à faire, intégrer ce groupe immense et réussir la fusion», a prévenu M. Kinsch. La date de clôture de l'offre de Mittal sur Arcelor a été repoussée du 5 au 12 juillet, a-t-il précisé.

Par ailleurs, et créant une petite surprise, les dirigeants d'Arcelor et Lakshmi Mittal veulent que le patron du groupe européen, Guy Dollé, qui devait partir après avoir été en première ligne contre Mittal pendant cinq mois, reste p.-d.g. du futur ensemble Arcelor-Mittal, selon des sources proches du sidérurgiste.

Mittal a salué le vote anti-Severstal comme «un pas important pour finaliser la fusion entre Arcelor et Mittal», qui serait de loin le numéro un mondial de l'acier avec une production de plus de 100 millions de tonnes.