GM poussé dans les bras de Renault et de Nissan

New York — Le milliardaire américain Kirk Kerkorian, actionnaire de General Motors, a plaidé hier pour une alliance avec le japonais Nissan et le français Renault, une hypothèse que ces derniers se sont dits prêts à étudier, en appelant la direction de GM à s'exprimer.

Dans un communiqué publié dans la soirée en France, Renault a confirmé que le président de Renault et de Nissan Carlos Ghosn avait été «approché» par Kirk Kerkorian et des représentants de son fonds Tracinda (détenant 9,9 % de GM) «pour évaluer l'intérêt qu'il y aurait à ce que GM rejoigne l'Alliance Renault-Nissan».

«À ce stade, il est nécessaire que le conseil d'administration et la direction de GM apportent leur plein soutien à ce projet, pour entamer l'étude de cette opportunité après accord des conseils d'administration de Renault et de Nissan», a ajouté Renault.

Au même moment, la filiale nord-américaine de Nissan signait aux États-Unis un communiqué reprenant exactement ces termes.

«L'Alliance Renault-Nissan est une alliance ouverte qui n'a jamais été limitée à deux partenaires. Dans des circonstances favorables et avec des partenaires appropriés, l'Alliance pourrait être élargie», affirme ce communiqué.

Aucune réaction n'avait pu être obtenue dans l'immédiat auprès de GM aux États-Unis. Selon la publication spécialisée Automotive News, citant des sources proches du dossier, le groupe américain a convoqué une réunion «d'urgence» de son conseil d'administration, qui devait se tenir en fin de journée pour débattre de la proposition de M. Kerkorian.

À Wall Street, l'annonce de cette proposition a été jugée très positive pour GM, dont l'action bondissait de près de 9 % à 29,87 $US en fin de séance, accentuant ses gains après le communiqué de Renault-Nissan.

GM traverse une des pires crises financières de son histoire. Le groupe a subi en 2005 une perte nette de 10,6 milliards de dollars et s'est engagé dans une restructuration prévoyant des dizaines de milliers de suppressions d'emplois.

Mais le fait que Renault et Nissan s'intéressent à lui prouvent que l'américain a encore beaucoup d'atouts, ont souligné plusieurs analystes.

«Le simple fait d'envisager de s'allier avec GM est la confirmation qu'il a une importante valeur», a indiqué John Murphy, de la banque Merrill Lynch, réaffirmant sa recommandation «acheter» sur l'action GM.

«Un tel partenariat pourrait bénéficier aux deux parties sur le front des produits», a dit de son côté Himanshu Patel, de la banque JP Morgan.

Il a cité notamment la «forte compétitivité» de Renault dans les petites berlines et de Nissan dans les véhicules de taille moyenne, alors que GM compte surtout comme point fort sa capacité à produire des grosses voitures.

Les experts doutent toutefois unanimement que Carlos Ghosn puisse envisager un rachat pur et simple de GM.

Selon Ronald Tadross, de Bank of America, le p.-d.g. de Renault s'est récemment dit réticent à intégrer de nouvelles marques et ce rachat de GM «ne semble pas nécessaire pour Nissan».

Dans des documents transmis hier au gendarme américain de la Bourse (SEC), Tracinda a indiqué avoir demandé au conseil d'administration de GM de «former une commission pour explorer immédiatement et sous tous ses aspects, avec la direction, le fait de participer» à l'Alliance Renault-Nissan.

Selon Tracinda, le duo franco-japonais se serait montré «réceptif» à l'idée d'acheter à GM «une importante participation minoritaire» dans son capital.

Renault et Nissan sont partenaires depuis 1999 via un système de participations croisées. Ils affirment détenir à deux 9,8 % du marché automobile mondial (quatrièmes derrière GM, Toyota et Ford).

General Motors avait réagi dans la matinée en affirmant «n'avoir reçu aucune offre ni proposition» du duo franco-nippon.