Fusion Arcelor-Mittal - Concentration en vue dans le monde de l'acier chinois

La fusion d’Arcelor et de Mittal Steel, leaders mondiaux très complémentaires dans les produits et dans les zones géographiques, «va mettre la pression sur les aciéristes chinois, bien loin des deux en matière de capital, de technologie et de ges
Photo: Agence France-Presse (photo) La fusion d’Arcelor et de Mittal Steel, leaders mondiaux très complémentaires dans les produits et dans les zones géographiques, «va mettre la pression sur les aciéristes chinois, bien loin des deux en matière de capital, de technologie et de ges

Pékin — La naissance du géant de l'acier Arcelor-Mittal devrait accélérer les mouvements de fusions et acquisitions chez leurs concurrents, notamment en Chine où le groupe indien, comme l'européen, avaient déjà pris pied avant leur mariage.

«Avec la hausse récente du prix du minerai de fer et la naissance de ce géant, de nouvelles consolidations sont attendues», a estimé Danny Chen, analyste de l'agence de notation financière Fitch à Pékin.

Avec 116 millions de tonnes par an, la nouvelle entité indo-européenne aura une production cinq fois plus importante que celle du numéro un chinois, Baosteel et ses quelque 21 millions de tonnes en 2004 et de sept à dix fois plus importante que celles des sept aciéristes talonnant Baosteel.

Surtout, elle produira plus de cent fois plus d'acier que les centaines de petites unités éparpillées sur tout le territoire chinois, produisant moins d'une tonne par an.

Car plus d'un millier d'aciéries composent ce secteur très fragmenté, dans lequel les dix premières entreprises du pays fournissent plus du tiers de l'acier.

Dans ce contexte, la fusion d'Arcelor et Mittal Steel, leaders mondiaux très complémentaires dans les produits et dans les zones géographiques, «va mettre la pression sur les aciéristes chinois, bien loin des deux en matière de capital, de technologie et de gestion», a estimé le vice-président de l'Institut de recherche et planification de l'industrie métallurgique chinoise, Li Xinchuang.

«Cela va être stimulant pour l'industrie chinoise [...] Nous devrions accélérer les fusions et acquisitions pour créer de grands groupes et repousser les défis étrangers», a-t-il ajouté, cité par un journal officiel.

La Chine compte se doter d'au moins un grand groupe, voire deux, pouvant produire plus de 30 millions de tonnes par an d'ici à 2010. À cette date, elle espère que les dix premiers aciéristes produiront au moins la moitié de l'acier chinois.

Les autorités encouragent la restructuration du secteur, sa modernisation et une hausse de qualité.

Premier producteur mondial d'acier depuis 1996, désormais exportateur net (cinq millions de tonnes de produits sidérurgiques au premier trimestre 2006), la Chine doit en effet encore importer certains aciers de qualité supérieure.

Partant de ce constat, plusieurs grands groupes se sont lancés depuis le début des années 2000 dans des «coopérations stratégiques», des coentreprises ou des fusions. La course à la taille critique est bel et bien engagée.

D'autant que «l'enjeu pour les compagnies chinoises face aux géants mondiaux c'est aussi l'accès au minerai», souligne un expert étranger.

La Chine ne craint pas de voir ses entreprises passer sous le contrôle des étrangers: elle s'est dotée en juillet dernier d'une législation ad hoc, les empêchant d'y être majoritaires.

Elle redoute cependant leur entrée en force sur son marché national, après un mouvement précisément lancé par Mittal puis Arcelor.

Le premier, Mittal a réussi l'an dernier à acheter pour 338 millions de dollars 36,67 % de Hunan Valin Steel Tube and Wire, une des usines leaders de Chine, d'une capacité annuelle de dix millions de tonnes.

Puis Arcelor a annoncé en février le rachat pour 218 millions d'euros de 38,41 % du capital de Laiwu, un sidérurgiste chinois dont la production est également de quelque dix millions de tonnes d'acier par an, selon Arcelor.

«Le succès de Mittal va renforcer sa part de marché et lui offrir un vrai tremplin pour procéder à de futures acquisitions. Or la Chine est un marché cible. Ils veulent tous y entrer», souligne Danny Chen. Et ils font miroiter au gouvernement chinois leur apport technologique.