Nouveau numéro un mondial de l'acier - Mittal s'empare d'Arcelor

Luxembourg — Le PDG de Mittal Steel, Lakshmi Mittal, qui s'est finalement emparé d'Arcelor pour créer le nouveau numéro un mondial de l'acier, a affirmé hier ne pas redouter l'offre rivale du russe Severstal, se disant sûr du soutien du conseil d'administration et des actionnaires du groupe européen, appelés à se prononcer le 30 juin sur la fusion.

«Une offre partielle ne serait pas prise en compte par le groupe», a déclaré l'homme d'affaires d'origine indienne, se disant «très décontracté» à ce sujet, au cours d'une conférence de presse conjointe à Luxembourg destinée à présenter le projet de mariage.

Son fils Aditya Mittal, directeur financier de Mittal Steel, a pour sa part souhaité que les actionnaires d'Arcelor rejettent clairement tout rapprochement avec Severstal au cours de leur réunion de vendredi.

«Si une nouvelle offre se faisait jour pour 100 % du capital d'Arcelor, le conseil devrait en discuter», a cependant indiqué le président de l'aciériste européen,

Joseph Kinsch.

Rupture de contrat

Une façon de laisser la porte entrouverte pour Severstal, avec lequel Arcelor devait se marier pour échapper à Mittal. Le groupe sidérurgiste russe, qui s'est dit «très surpris» de ne pas avoir été invité aux ultimes tours de table, pourrait réclamer une indemnité de rupture de contrat de 140 millions d'euros (196 millions de dollars).

Furieux d'avoir été instrumentalisé par Arcelor, le patron de Severstal, Alexeï Mordachov, aurait l'intention de lancer une surenchère pour contrer l'offre de Mittal, soutenu dans ce projet par deux importants actionnaires de son groupe, Romain Zaleski et José Maria Aristrain, précisait-on de source proche des discussions.

M. Kinsch, qui devrait rester aux commandes de la nouvelle entité, a précisé que l'actuel directeur général d'Arcelor, Guy Dollé, était prêt à démissionner de son poste pour permettre la désignation d'un nouveau patron commun. Il conserverait néanmoins sa place au conseil d'administration et gérerait les affaires courantes dans l'intervalle.

«Nous avons travaillé dans l'intérêt de tous les membres de la compagnie et les résultats sont là», s'est réjoui Joseph Kinsch, évoquant l'offre «profondément révisée» de Mittal, qui valorise désormais Arcelor à 25,4 milliards d'euros (35 milliards de dollars), contre 18,6 milliards (26 milliards de dollars) lors de sa première offre le 27 janvier, tout en s'alignant sur le modèle économique et de gestion du groupe européen.

Malgré le psychodrame qui aura duré cinq mois avec des relents de nationalisme économique, Lakshmi Mittal, dont la famille détiendra 43 % du nouveau groupe, a assuré que son respect pour la direction d'Arcelor n'avait «pas diminué».

Un mastodonte

Si la fusion est validée par les actionnaires, Arcelor-Mittal deviendrait un mastodonte contrôlant près de 10 % de la production mondiale d'acier, distançant largement ses concurrents, avec une capacité de production de 120 millions de tonnes d'acier brut par an et un effectif de plus de 320 000 personnes. Selon Mittal, le nouveau titan de l'acier devrait avoir une capitalisation de 36,79 milliards d'euros (51 milliards de dollars) et économiser 1,28 milliard d'euros (2,3 milliards de dollars) en synergies.

La Commission européenne, qui avait donné son accord à la fusion entre Arcelor et Mittal, ne prévoit pas de revoir sa décision, comme l'a confirmé son porte-parole Jonathan Todd. «Nous avons déjà donné notre aval», a-t-il rappelé hier, ajoutant que cette position ne varierait pas «à moins que des changements interviennent dans la substance de la transaction».