Arcelor repousse encore Mittal

Le directeur général d’Arcelor Guy Dollé entouré de son directeur financier Gonzalo Urquijo (en arrière-plan) et d’Alexeï Mordashov, de Severstal (en avant-plan).
Photo: Le directeur général d’Arcelor Guy Dollé entouré de son directeur financier Gonzalo Urquijo (en arrière-plan) et d’Alexeï Mordashov, de Severstal (en avant-plan).

Paris — Le sidérurgiste européen Arcelor a une fois de plus repoussé son rival Mittal Steel, vantant plutôt son mariage avec le russe Severstal, et l'a mis au défi de renchérir à nouveau son offre publique d'achat hostile, ce que Mittal refuse de faire.

Arcelor a jugé hier dans un communiqué la proposition actuelle de son concurrent Mittal Steel «insuffisante au plan financier car elle continue de [le] sous-évaluer». Le numéro deux mondial de l'acier, basé à Luxembourg, a de nouveau considéré que les modèles industriels des deux entreprises étaient «divergents».

Le rejet de l'OPA de Mittal Steel a été décidé à «l'unanimité» des administrateurs d'Arcelor réunis dimanche à son siège luxembourgeois.

Le groupe franco-hispano-luxembourgeois, qui bataille depuis fin janvier contre l'offensive de son concurrent, l'a aussi mis sous pression pour discuter d'une éventuelle revalorisation de son OPA. Selon Arcelor, le groupe de l'Indien Lakshmi Mittal lui aurait indiqué ces derniers jours «être disposé à améliorer» de nouveau les conditions de son offre d'achat. Le conseil d'administration d'Arcelor a en conséquence demandé à sa direction générale, emmenée par le Français Guy Dollé, de rencontrer Mittal pour discuter de ces améliorations éventuelles.

Mais Mittal a de nouveau exclu lundi tout projet de renchérissement de son offre mixte — en échange de titres et en liquide — qu'il avait lancée en Bourse le 18 mai et relevée dès le lendemain à 25,8 milliards d'euros.

«Mittal Steel n'a fait aucune proposition pour améliorer les termes financiers de son offre et n'a pas l'intention d'en faire», a-t-il assuré dans un communiqué.

Déterminé à échapper à son prédateur, Arcelor a choisi fin mai de se marier avec le sidérurgiste russe Severstal, qui prendrait 32 %, puis à terme 38 %, de son capital.

Pour le groupe européen, ce projet de fusion russo-européenne «constitue l'alternative stratégique la plus intéressante» destinée à «donner naissance au leader mondial et au groupe le plus rentable de l'industrie sidérurgique».

Mais depuis une dizaine de jours, Arcelor fait face à une rébellion de quelque 30 % de ses actionnaires — emmenés par Goldman Sachs, la banque conseil de Mittal — qui réclament une assemblée générale extraordinaire pour se prononcer sur cette alliance.

Ces actionnaires — dont l'identité n'est pas connue — voudraient que ce mariage ne puisse être validé qu'avec l'approbation des deux-tiers de l'actionnariat présent lors de cette assemblée générale.

Pour l'heure, Arcelor a prévu un système bien plus favorable: le vote sur cette fusion se fera à la majorité du capital total, au cours d'une assemblée générale ordinaire convoquée le 30 juin.

Seule concession aux actionnaires frondeurs, ils pourront «exprimer leur avis négatif» au cours de cette assemblée générale fin juin. Une résolution de ces actionnaires mécontents sera ajoutée à l'ordre du jour, si ces derniers représentent effectivement plus de 20 % du capital.

Arcelor s'est encore échiné à démontrer que son projet avec Severstal «ne bloquait pas l'offre de Mittal» qui court jusqu'au 5 juillet. Il a rappelé qu'en cas de succès de l'OPA (si Mittal rafle plus de 50 % du capital), le contrat de mariage avec Severstal serait automatiquement annulé.

Au contraire, si Mittal devait se contenter d'une participation minoritaire, le groupe du milliardaire russe Alexeï Mordashov pourrait soit rester au capital d'Arcelor, soit s'en aller.

Pour s'assurer des faveurs de ses actionnaires, Arcelor a en outre confirmé la distribution d'un magot de 6,5 milliards d'euros via une offre publique de rachat d'actions à 44 euros par titre, mise au vote en assemblée générale le 21 juin. Même si elle est approuvée, cette opération ne débutera pas avant la clôture de l'OPA de Mittal début juillet.