Investissement responsable: la Caisse signe une déclaration de l'ONU

La Caisse de dépôt et placement du Québec s'est jointe hier à 24 autres grands gestionnaires de fonds de retraite pour signer une déclaration «sans précédent» mise en avant par l'ONU afin de promouvoir des principes d'investissement responsable.

Parmi ces 25 signataires de 16 pays, qui gèrent des actifs de 2000 milliards $US, on trouve l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada et de gros joueurs tels que le gestionnaire du fonds des employés du secteur public de la Californie (CALPERS), celui des employés municipaux de la Ville de New York, le fonds de retraite du gouvernement norvégien et la Caisse des dépôts et consignations, en France.

Pour la Caisse de dépôt et placement, il s'agit d'une seconde démarche en ce sens, l'institution ayant déjà adopté une politique maison à cet effet en janvier 2005. Alors, pourquoi en avoir signé une seconde? «C'est majeur; on n'est pas seul, donc on a un impact beaucoup plus grand», a dit lors d'un entretien le président de la Caisse, Henri-Paul Rousseau. Il se profile un mouvement à plus grande échelle et le gestionnaire des régimes de retraite publics du Québec veut en faire partie. «Ce qui se passe, c'est que l'industrie de l'investissement, surtout le secteur public mais aussi le privé de plus en plus, est en train d'établir des façons de faire pour adopter ces principes-là.»

La déclaration signée hier à New York porte sur six principes, volontaires et donc sans obligation, qui se déclinent en 35 gestes qu'une institution peut faire pour intégrer des composantes environnementales, sociales et de gouvernance d'entreprise à son processus d'investissement.

Ces gestes, élaborés sur un an par une vingtaine d'investisseurs institutionnels, touchent la prise de décisions, la propriété active et la transparence, encouragent la communication directe avec les entreprises dans lesquelles l'argent est investi et favorisent la promotion des principes au sein de la communauté financière. Semblable en plusieurs points à la politique déjà en vigueur à la Caisse, la déclaration évoque aussi la possibilité de déposer des propositions d'actionnaires conformes aux principes d'investissement responsable de même que l'exercice des droits de vote.

Pour un investissement durable

«Ces principes résultent du fait que, dans la mesure où les finances alimentent l'économie mondiale, les décisions prises en matière d'investissements ne reflètent pas de manière adéquate les impératifs de la bonne gestion de l'environnement, de la société et des entreprises — ou exprimé d'une autre façon, les principes du développement durable», a dit le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans un communiqué.

Cette question de durabilité de l'investissement, M. Rousseau en a lui aussi fait part hier. «C'est une vision à long terme, a-t-il dit. Il y a beaucoup d'investissements faits à court terme mais qui n'ont pas d'impact. Par exemple, une société qui investit dans un secteur qui peut avoir des effets sur l'environnement, à court terme, c'est très bon, mais si tout le monde fait la même chose, à long terme l'environnement est impacté négativement et donc le rendement économique n'est plus là.»

En ce qui concerne la politique interne de la Caisse, qui a soufflé sa première bougie en janvier, M. Rousseau a indiqué qu'il était un peu tôt pour en dresser un bilan. «Au cours des années, on va vivre des contradictions incontournables. La vie est pleine d'événements qu'on ne contrôle pas, mais la différence c'est qu'en adhérant à ces principes, on se donne des guides fondamentaux pour déterminer la marche à suivre.» Au sujet du suivi que doit faire la Caisse face à ses déposants, M. Rousseau a concédé qu'«on est au début». Il s'est réjoui du fait que «ce qu'on a fait en 2003, 2004 et 2005, aujourd'hui il y a un courant mondial dans lequel la Caisse s'inscrit».

L'actif total des actifs sous gestion à la Caisse de dépôt se chiffrait au 31 décembre dernier à 216 milliards canadiens (ou 192 milliards $US), comparativement à 207 milliards $US pour CALPERS et 250 milliards $US pour le fonds de retraite du gouvernement norvégien.