Aviva propose à Prudential de créer un nouveau géant de l'assurance

Londres — La fièvre des fusions-acquisitions a gagné les assureurs hier au Royaume-Uni, le leader du secteur Aviva proposant de racheter son dauphin Prudential pour près de 25 milliards d'euros sur une base amicale, offre rejetée pour l'instant.

Une fusion entre Aviva et Prudential donnerait naissance au numéro cinq mondial du secteur avec une capitalisation avoisinant les 52 milliards d'euros et 58 milliards de primes. Le nouveau groupe serait très diversifié géographiquement, tirant 42 % de ses bénéfices du Royaume-Uni, 28 % du reste de l'Europe, 17 % de l'Amérique du Nord et 10 % de l'Asie.

Aviva, connu en Europe pour sa filiale d'assurance vie Norwich Union, avait approché Prudential jeudi soir et ce dernier avait rejeté sa proposition samedi. David Clementi, président du conseil d'administration de Prudential, a réitéré son refus hier, estimant qu'une fusion ne profiterait pas à ses actionnaires mais «réduirait les bénéfices qu'ils tirent de notre croissance».

Aviva a pris acte de ce rejet tout en excluant de lancer une OPA hostile et estime qu'il appartient désormais aux actionnaires des deux entreprises «d'évaluer l'offre sur une base informelle», qui renferme une prime de 10 % par rapport au cours de clôture du titre jeudi.

Intérêt

Les analystes ont jugé cette offre insuffisante. Ils ont jugé aussi que les économies d'échelle attendues de l'opération — 320 millions de livres par an — étaient faibles, tout en soulignant l'intérêt d'une fusion entre Aviva et Prudential.

«Il y a une grande logique à combiner Prudential et Aviva. Leurs implantations géographiques seraient très complémentaires et il n'y aurait pas de problèmes de concurrence dans le marché très fragmenté de l'assurance vie au Royaume-Uni», a commenté SG Securities. «En outre, la capacité d'autofinancement importante d'Aviva se marierait bien avec le lourd programme d'investissements de Prudential», a ajouté le courtier.

Aviva est très présent en Europe avec Norwich Union et aux États-Unis avec sa filiale Jackson Life. Prudential est davantage tourné vers les marchés à forte croissance de l'Asie, ce qui devrait attiser d'autres convoitises selon les analystes. Les groupes américains AIG et Met Life, le français Axa et le canadien ManuLife ont été cités comme candidats potentiels au rachat du groupe britannique.

La banque Merrill Lynch ne croit pas toutefois à une entrée en course d'Axa et estime qu'Aviva a de bonnes chances de réussir dans sa tentative au vu de ses acquisitions passées.

Un rachat de Prudential permettrait aussi à Aviva de faire son entrée sur le marché, très lucratif, de la gestion des fonds de retraite d'entreprises, dominé pour l'heure au Royaume-Uni par Prudential et Legal and General.