Le temps doux ne nuira pas au bilan d'Hydro-Québec

Le président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, était hier invité à titre de conférencier à un forum sur le capital de risque.
Photo: Jacques Nadeau Le président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, était hier invité à titre de conférencier à un forum sur le capital de risque.

Par suite de températures très douces en janvier dernier, Hydro-Québec a vendu 1,5 milliard de kWh d'électricité de moins qu'en janvier 2005, mais la société d'État a pu importer moins d'énergie à fort prix, de telle sorte que «l'un dans l'autre, on retombe sur nos pattes», a déclaré son président Thierry Vandal, conférencier invité hier à un forum sur le capital de risque.

Dans sa conférence, M. Vandal s'est limité à un exposé très général sur les grandes orientations d'Hydro-Québec que sont l'efficacité énergétique, le secteur éolien et le leadership technique. Au cours d'une période de questions qui a suivi son exposé, il s'est montré particulièrement prudent dans ses réponses, l'une des raisons étant peut-être la présence dans la salle de deux ex-premiers ministres du Québec, Lucien Bouchard et Bernard Landry.

D'ailleurs, M. Bouchard s'est permis une question. Ayant assisté récemment à un colloque au cours duquel un expert affirmait qu'Hydro-Québec achetait de l'énergie à 12 ¢ le kWh et le revendait à 3 ¢, M. Bouchard a posé cette question: comment faites-vous pour être rentable? «Ce n'est pas nouveau qu'il y ait un écart entre le coût marginal et la tarification. C'est même courant. Les coûts marginaux font partie d'un ensemble et ils permettent une évolution vers un nouvel équilibre», a répondu le président, avant de rappeler à M. Bouchard qu'il avait lui-même été l'instigateur d'une loi qui a conduit à la création de la Régie de l'énergie du Québec. Il a souligné que le coût marginal auquel l'ex-premier ministre faisait allusion s'appliquait sur de petites quantités d'électricité. La tarification est pour sa part établie à partir du coût moyen de production et d'achat d'électricité. Le président a insisté en fin de réponse sur le fait que les taux marginaux permettaient «une transition en douceur vers un nouvel équilibre de prix», c'est-à-dire un équilibre qui tient compte entre autres de la réalité des marchés.

D'autres questions ont été posées, notamment à propos du gaz naturel et des relations d'Hydro-Québec avec son ancienne filiale, Gaz Métro. M. Vandal s'est montré également circonspect dans ses réponses, précisant dès le départ que cette entreprise était une concurrente. Il n'a pas voulu faire de commentaires sur le mémoire présenté par Gaz Métro devant la régie, mémoire dans lequel celle-ci encourageait l'organisme de réglementation à augmenter les tarifs d'électricité, ce qui ne peut que contribuer à attirer de nouveaux clients vers le gaz naturel. Selon M. Vandal, l'évolution des tarifs aura pour effet «un déplacement surtout vers le secteur commercial», en faveur du gaz naturel. Il n'a fait aucune allusion aux déclarations du président de Gaz Métro, Robert Tessier, qui réaffirmait, il y a quelques jours encore, que Hydro-Québec devrait laisser la place pour le chauffage au gaz naturel dans le secteur résidentiel, parce que l'électricité pourrait jouer un rôle plus efficace dans les forces motrices, l'industriel et l'éclairage.

Enfin, interrogé par les journalistes sur les nouvelles à l'effet que Hydro-Québec aurait déjà des surplus d'énergie suffisants pour lui permettre d'exporter 2000 MW, M. Vandal a précisé que cela pourra être le cas à la fin de 2009 seulement et non pas à cause d'un surplus de capacité de production. Il a expliqué qu'en se rapprochant d'un équilibre entre sa capacité de production et la demande, la société d'État pourra utiliser de manière plus soutenue les inter-connexions en faisant des réservations de capacité de transport ou de transit. C'est de cette façon qu'à partir de 2009 il lui sera possible d'augmenter ses exportations d'électricité.

Trois axes

Les trois grands axes de développement ciblés pour l'avenir sont d'abord l'efficacité énergétique, auquel la société d'État attache désormais beaucoup d'importance; en diminuant la demande, cela aura de mettre moins de pression sur la hausse des prix. En second lieu, il y a l'énergie éolienne qui est développée en parallèle avec l'hydroélectricité. En 2014, il y aura une capacité éolienne installée de 3500 MW, ce qui représentera alors de 10 à 15 % de l'électricité consommée. Cela demeurera une énergie complémentaire. Une capacité éolienne de 2000 MW ne pourra donner que la moitié d'énergie de ce qu'on obtient avec une capacité hydroélectrique de 2000 MW, la différence provenant du fait que les éoliennes ne fonctionnent que lorsqu'il y a du vent. L'énergie hydraulique demeurera la principale ressource d'Hydro-Québec, qui a présentement des projets en développement de quatre milliards et qui annoncera des projets de quatre milliards au cours de l'été prochain. M. Vandal souligne que les faibles taux d'intérêts constituent un atout précieux pour donner suite aux projets d'investissements.

Enfin, le troisième axe est celui du leadership technologique. Dans le cadre de ce forum sur le capital de risque tenu sous les auspices de la Chambre de commerce française au Canada, M. Vandal a mis en évidence le projet d'auto électrique avec une technologie d'Hydro-Québec et un partenaire français, Dassault, qui bientôt entend confier au service des postes l'essai d'une quarantaine de véhicules sur les routes françaises. «Peut-être un jour, pourra-t-on dire en France «mettre du Québec dans son moteur», qui remplacerait alors le tigre dans les publicités, s'est permis de rêver le président, pour qui il y a indiscutablement un avenir pour l'auto électrique. Selon ses calculs, il en coûte sept fois plus cher dans une année pour conduire une auto fonctionnant à l'essence, en comparaison de ce que coûterait une voiture à l'électricité. La décision récente de la régie concernant l'auto-production est très importante, assure M. Vandal qui voit là une ouverture intéressante pour stimuler l'innovation technologique.