Efficacité énergétique: Hydro dépasse ses objectifs

Hydro-Québec avait sous-évalué l'intérêt de ses clients pour l'efficacité énergétique au point qu'elle a dépassé ses objectifs de 63 % en 2004 et de 31 % en 2005 avec un budget inférieur aux prévisions, soit dans ce dernier cas, avec 102 millions plutôt que 119 millions.

C'est ce qui ressort du bilan déposé par Hydro-Québec auprès de la Régie de l'énergie en prévision du début de l'audience, la semaine prochaine, sur son plan d'efficacité énergétique d'ici à 2010. Ce plan devrait hausser à 4,1 TWh les économies d'électricité annuelles, soit une réduction de 2,2 % de la consommation si elle atteint 180 TWh à cette époque. On mesure l'importance du coup de barre qui s'amorce en matière d'efficacité énergétique quand on songe que d'ici à 2010, Hydro-Québec aura investi près d'un milliard et ses clients, entre 400 et 500 millions, des sommes que peu d'États nord-américains ou peu de provinces canadiennes ont investies dans la bataille de l'économie d'énergie.

Cependant, si Québec exige des plans d'efficacité énergétique pour les monopoles de l'électricité et du gaz, il n'a imposé aucune mesure d'efficacité énergétique aux pires pollueurs, soit les distributeurs de produits pétroliers à l'origine d'une intense pollution et du pire bilan de gaz à effet de serre du secteur de l'énergie au Québec. Cela oblige la Régie à autoriser Hydro-Québec et Gaz métropolitain à répartir le coût des mesures d'efficacité énergétique sur l'ensemble des clients pour ne pas les pénaliser financièrement en raison de la réduction de leurs ventes, afin de ne pas désavantager ces deux monopoles par rapport aux pétrolières.

Rien n'est plus dévastateur pour l'ancien discours d'Hydro-Québec voulant que l'efficacité énergétique ne soit pas rentable que les résultats étonnants obtenus en 2004 et 2005.

Alors qu'elle prévoyait réaliser des économies de 171 GWh (milliards de watts-heure, ou millions de kWh), Hydro-Québec a d'entrée de jeu dépassé cet objectif de 63 %, épargnant plutôt 279,4 GWh.

En 2005, la société d'État aura réalisé, selon ses dernières évaluations, une économie de 421 GWh avec un budget de 102 millions, soit une augmentation de 31 % par rapport aux 320,3 GWh initialement planifiés.

En 2004, le coût de revient par kilowatt s'est donc situé autour de 18 ¢. En 2005, ce coût atteint 24 ¢ du kWh.

Mais ce qui semble cher par rapport aux 4,5 à 6,5 ¢ du kWh vendus aux clients résidentiels l'est beaucoup moins quand on songe que chaque kilowatt acheté sur le marché étranger ou local, en cas de nécessité, coûte actuellement entre 10 et 14 ¢. Mais la véritable manière de calculer ce coût, explique Réal Reid, un spécialiste de l'éolien aujourd'hui à la retraite, consiste à répartir le coût de chaque kilowatt économisé sur cinq ou dix ans puisque les économies réalisées par un changement d'éclairage, de moteur industriel, d'appareil de chauffage ou d'appareil ménager provoquent des économies récurrentes sur au moins une décennie dans la plupart des cas. Les 18 ¢ ou les 24 ¢ du kWh deviennent alors, sur dix ans, 1,8 ¢ ou 2,4 ¢ du kWh en moyenne, soit la moins chère de toutes les sources nouvelles d'approvisionnement.

Secteur résidentiel

Le secteur résidentiel est celui qui a réagi avec le plus d'enthousiasme aux différents programmes d'Hydro-Québec. Ainsi, le programme des Diagnostics résidentiels, grâce auxquels on peut obtenir un programme d'amélioration de sa résidence et la liste des mesures les plus rentables, a rapporté 108 GWh alors qu'on en attendait 54 en 2004, et 89,3 GWh contre 43 en 2005. La promotion des produits étiquetés Energy Star, du nom du programme américain qui recense les appareils les moins énergivores, a rapporté 100 GWh en 2004 (alors qu'on en prévoyait 48 et 130 GWh en 2005) contre les 52 planifiés à l'origine.

Le gain le plus spectaculaire a été réalisé par l'installation des thermostats électroniques dans le marché résidentiel existant, qui rapportera 73,5 GWh en 2005 alors qu'on en attendait 18,7. Les clients d'Hydro pouvaient obtenir un remboursement s'ils en achetaient plusieurs à la fois. Hydro-Québec aura ainsi provoqué le remplacement de 615 000 thermostats en 2005, en plus des 197 000 vendus l'année précédente.

Les enquêtes réalisées auprès des consommateurs ont indiqué que les acheteurs de thermostats électroniques avaient de plus en plus tendance à abaisser la température de leur résidence: le pourcentage des consommateurs moins énergivores est ainsi passé de 23 à 39 % dans les résidences unifamiliales et de 23 à 32 % dans le multifamilial.

Dans les secteurs commercial et industriel, les gains sont sensiblement moindres, atteignant 100 GWh en 2005, soit moins que les 130 GWh obtenus par la promotion des seuls produits Energy Star. Mais les gains pourraient avec le temps devenir très importants de ce côté, une fois que les projets en préparation s'effectueront, car changer une cuve de fusion dans une aluminerie, isoler une manufacture, etc., rapportent des gains très substantiels.

Hydro-Québec note qu'un client industriel sur quatre lui a soumis des projets dans le cadre de son programme PADIGE et 33 % dans le cadre du programme PIIGE. Plus de 225 projets sont en préparation, qui devraient rapporter des économies récurrentes de 250 et 68 GWh pour chacun des deux programmes.