L'excédent commercial chinois bondit

Pékin — Après un record en 2005, l'excédent commercial de la Chine a fortement augmenté en janvier, sur un an, un résultat qui devrait accroître les pressions des partenaires commerciaux du géant asiatique pour une réévaluation du yuan.

L'excédent a atteint 9,49 milliards $US, contre 6,49 milliards un an plus tôt, soit un bond de près de 47 %, a annoncé hier le gouvernement. Les importations ont progressé de 25,4 % sur un an et les exportations de 28,1 %.

La hausse des exportations est même redevenue supérieure à celle des importations, alors qu'en novembre et décembre, les importations s'étaient mises à croître plus rapidement.

Le taux de croissance des importations est certes le plus fort depuis plus d'un an et l'excédent de janvier reste inférieur à celui de décembre, qui avait atteint 11,01 milliards, portant l'excédent de l'année à 102 milliards, le triple de 2004.

Mais les partenaires commerciaux de la Chine, qui attribuent son succès commercial à une sous-évaluation du yuan et insistent pour qu'elle remédie à cet avantage concurrentiel indu à leurs yeux, ne vont sûrement pas relâcher la pression après le résultat de janvier. Pékin a fait un geste le 21 juillet et réapprécié sa monnaie de 2,1 %, la portant de 8,28 à 8,11 yuans pour un dollar américain. Cela n'a pas été jugé suffisant, notamment par les États-Unis, dont le déficit commercial avec la Chine a bondi de 24,5 % en 2005, à 201,6 milliards.

Dénonçant les «manipulations» du cours du yuan, des sénateurs américains ont menacé de faire perdre aux Chinois leur statut de partenaire commercial régulier des États-Unis.

Samedi, lors du G8-finances de Moscou, la Russie et les États-Unis se sont associés pour demander à la Chine d'accorder au taux de change de sa monnaie une plus grande flexibilité. Les autorités chinoises maintiennent que leur politique de change évoluera au rythme qui leur convient, avec pour priorité la stabilité du yuan.

Récemment, la banque centrale a néanmoins indiqué que sa valeur serait davantage déterminée par le marché en 2006 et que le système des changes continuerait d'être «amélioré». Des nouveautés en janvier ont déjà influé sur la valeur du yuan, même si celle-ci reste contrôlée, comme la désignation de teneurs de marché sur le marché des devises interbancaire, qui a engendré l'annonce quotidienne d'un taux de parité central prenant en compte les quotas de ces établissements.

De fait, la hausse de la monnaie chinoise s'est accélérée: hier le taux central était de 8,0472 yuans pour un dollar américain.

Les analystes tablent sur davantage. «L'excédent commercial va entraîner davantage de pressions. Nous nous attendons à une appréciation de 5 % cette année», commentait hier Huang Yiping, de Citigroup. «Le dynamisme des exportations, resté fort en janvier, devrait ensuite se modérer», a par ailleurs estimé l'économiste.

Telle est, en tout cas, la volonté du gouvernement. Celui-ci a annoncé en décembre qu'avait été «examinée la question de l'excédent commercial» et que des mesures seraient prises pour le réduire. Pour y arriver, Pékin veut notamment accroître sa consommation intérieure.

La semaine dernière, la Banque mondiale soulignait que pour dynamiser cette demande intérieure, la Chine devrait mettre l'accent sur la protection sociale, ce qui réduirait l'épargne de précaution de la population, très élevée.