L'Europe aux prises avec le vieillissement

Bruxelles — Bruxelles appelle les États-membres de l'Union européenne à accélérer les réformes économiques structurelles pour faire face aux conséquences financières du vieillissement de leurs populations, notamment sur les retraites, dans un rapport publié hier.

Ce rapport, rédigé par la Commission européenne et par le Comité de politique économique qui réunit des experts des États-membres, doit être examiné par les ministres des Finances de la zone euro lors de leur réunion lundi soir à Bruxelles.

Selon ce texte, les États-membres doivent redoubler d'efforts pour retarder l'âge de départ à la retraite, augmenter le taux d'emploi et la productivité, et contrôler la croissance des dépenses de santé. Faute de quoi, la charge que représenterait les dépenses publiques pour les retraites et la santé augmenterait en moyenne de quatre points de PIB dans l'UE-25.

Pour la France, par exemple, l'augmentation serait de trois points, ce qui correspondrait à une dépense supplémentaire de 50 milliards d'euros — soit une somme supérieure au déficit public de 2005. Les pays les plus touchés seraient Chypre, avec une augmentation des dépenses publiques représentant 11,8 points de PIB, le Portugal et la Slovénie avec 9,7 points et l'Espagne avec 8,5.

Baisse de croissance

Le vieillissement de la population entraînerait de plus une baisse de la croissance potentielle de l'UE estimée à 2,2 % pour la période 2004-10, et qui descendrait à 1,8 % pour 2011-30, puis à 1,3 % entre 2030 et 2050, selon le rapport. La croissance potentielle se définit par la croissance à moyen terme qui résulte de l'évolution des facteurs de production, compte tenu des variations de la démographie et de la productivité, précise un diplomate français.

«La composante démographique de la croissance, aujourd'hui positive dans l'UE, va devenir négative dans certains États-membres», explique-t-il. En raison du taux de natalité trop bas dans l'UE, la population en âge de travailler (entre 15 et 64 ans) devrait en effet baisser de 16 %, soit de 48 millions de personnes, entre 2004 et 2050. Dans le même temps, grâce à l'allongement de la durée de vie, la population âgée de plus de 65 ans devrait augmenter de 77 %, soit 58 millions de personnes.

Cet effet de ciseaux, qui ne sera que légèrement compensé par l'augmentation du taux d'activité des femmes et le retardement de l'âge de la retraite déjà programmé dans plusieurs pays, conduira à une baisse de la population active de 30 millions de personnes en 2050 par rapport à 2004.

Conséquence, il n'y aura plus que deux actifs pour un retraité dans l'UE, contre quatre pour un actuellement.

«Le recours à l'immigration pourrait améliorer la donne, mais pas résoudre complètement le problème», note le diplomate français. «Il n'y a pas de recette miracle, comme la privatisation complète des systèmes de retraites. Le système de retraite par capitalisation, dépendant de la croissance économique et des performances de la Bourse, traverse aujourd'hui une grave crise financière aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les systèmes de retraites d'entreprises s'avèrent trop coûteux pour elles, comme le montre l'exemple de General Motors», ajoute-t-il.

Pour résoudre le problème de financement des retraites, «il faut donc combiner un ensemble de réformes» tel que le préconise la Commission européenne, conclut-il.