Reprise des négociations au Manoir Richelieu

Le Manoir Richelieu
Photo: Le Manoir Richelieu

La direction du Manoir Richelieu, où 160 employés syndiqués font la grève depuis cinq mois et demi, a profité de la reprise des négociations jeudi pour aussitôt déposer une «offre finale de règlement» devant laquelle le syndicat ne semblait pas très enthousiaste hier.

Disant être allée aux limites financières de ce qu'elle peut se permettre, la direction de l'hôtel cinq étoiles a déposé une proposition de convention collective de cinq ans, assortie d'une augmentation salariale de 3 % à la signature et de 14 % pour le reste du contrat.

La direction a précisé que l'offre ne serait plus valide après le 15 février. Après cette date, affirme-t-elle, la saison estivale sera déjà compromise. «On a joué au ping-pong assez longtemps», a dit John Martin, directeur corporatif des relations professionnelles pour les hôtels Fairmont. «On ne peut pas donner plus. Au 15 février, si on n'a pas d'entente, l'année 2006-07 continuera de se détériorer chaque jour parce qu'on n'a pas de réservations. Les groupes annulent ou se relocalisent, et ces annulations se font trois et même six mois à l'avance.»

L'hôtel de La Malbaie, fermé au grand public à l'exception des services de restauration, n'est pas toujours rentable, a dit M. Martin. «Lorsqu'on regroupe les cinq dernières années, le déficit cumulatif est de 1,5 million. [...] Ça exclut les pertes reliées à la grève, alors on pourrait probablement ajouter deux ou trois millions à ça», a-t-il dit en insistant toutefois sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'une estimation définitive.

Loto-Québec, pour sa part, a constaté une baisse de clientèle de 25 % à 30 % au Casino de Charlevoix, a dit le porte-parole de la société d'État, Jean-Pierre Roy. La reprise des négociations est un «bon signe», a-t-il dit.

Le syndicat local, affilié à la CSN, a déclenché une grève générale illimitée le 25 août. Les pourparlers s'inscrivent dans le cadre des négociations sectorielles qui se sont déroulées l'été dernier dans plusieurs hôtels du Québec. Celles-ci se sont réglées par une multitude d'ententes qui contenaient entre autres des hausses salariales de 11 % sur trois ans. Au Manoir Richelieu, le dernier contrat de travail a pris fin le 31 décembre 2004.

«La proposition de jeudi, c'est la même que celle du 28 septembre [rejetée à 95 %], mais avec des réaménagements. Ils n'ont rien consenti de neuf, ils prennent l'argent et ils le déplacent», a dit Michel Lessard, représentant syndical à la CSN. «Ce qu'il y a de nouveau, toutefois, c'est que l'employeur affirme que sa proposition est finale alors qu'il ne nous l'avait même pas dit à la table de négociation.»

Le syndicat devait convoquer ses membres hier soir pour leur présenter le contenu de l'offre. Y aura-t-il un vote? Une recommandation? On ignorait la suite des choses. «Chose certaine, ça ne serait pas une recommandation d'acceptation», a dit M. Lessard. La prochaine séance de négociation est prévue vendredi prochain.

L'élément nouveau dans la situation du Manoir Richelieu, c'est l'arrivée d'un nouveau propriétaire. Loto-Québec en détient 50 %, le reste étant divisé à parts égales entre le Fonds de solidarité FTQ et la chaîne Fairmont, qui s'occupe de la gestion. Or Fairmont, qui possède des dizaines d'hôtels dont le Château Frontenac et le Reine Elizabeth, a été rachetée par le prince saoudien Al-Walid Bin Talal, cinquième richesse du monde, et un fonds californien.

Cela ne change «absolument rien», a dit M. Martin. Joint à New York, un porte-parole du prince saoudien a refusé de commenter la situation.